LIVRE XL — CHAPITRE VIL
faiblesse, qu'à son avènement l'empire était à la merci, non seulement de ses ennemis d'Europe^ mais même des sauvages nomades de la stagnante Asie*
Aussi , Pierre s'est-il défié de ses successeurs ^ sentant bien qu'après lui, comme après son père^ toutes les vieilles coutumes réagiraient. Ce serait donc en vain qu'il aurait redressé vers la lumière cet arbre des ténèbres , depuis si long-temps courbé vers cette barbare Asie. Il fallait donc le trancher au vif, pour enter sûr ce vieux et informe tronc une foule de greflfes européennes , et diriger vers la civilisation leurs rejetons nouveaux et flexibles.
C'est pourquoi l'on vient de voir, qu'avant et depuis ce code militaire , justice , administration , capitale, intérêts, mœurs, usages, habitudes, et jusqu'aux noms et aux habits, il a tout changé. Pierre a voulu laisser après lui l'autorité à un grand nombre d'hommes de tout rang et de toute espèce, engagés et compromis dans la civilisation par leurs actes , leurs habitudes , leurs titres et même leurs vétemens. Ajoutons surtout k cela,deux régimens des gardes, cinquante d'infanterie, trente de dragons, quelques uns de hussards, soixantesept de garnison , et six de milice, répartis dans des quartiers permanens. Formidable ensemble de plus de deux cent mille hommes, organisés, instruits, les mieux disciplinés de l'Europe, et défenseurs de toute cette régénération, moins encore contre ses ennemis étrangers, que contre ses ennemis domestiques.