CHAPITRE VIII
C'est surtout dans les codes des barbares qu'il faut chercher leur histoire. Le premier code russe fut écrit vers 1018, cent cinquante-trois ans après la conquête, et d'abord seulement pour Novgorod.
On ne doit point en conclure qu'il n'existait pas de lois avant laroslaf , ce qui est impossible , puisque, avant Rurick , il y avait de grandes villes commerçantes. D'ailleurs, on en retrouve des traces dans les traités d'Igor et d'Oleg avec Léon et Constantin. Mais on sait que la Slavonie, avant la conquête, était divisée en beaucoup de petits peuples chasseurs, pasteurs; agricoles et commerçans, et que chacun avait ses lois ou ses usages. Les Russes vinrent, confondirent sous leur domination tous ces peuples, ainsi que leurs lois et leurs coutimles, et s'y mêlèrent encore avec leurs lois Scandinaves.
Il parait que ni les mies ni les autres n'étaient écrites ; et conmie les premiers Grands-princes ne s'embarrassèrent guère de les faire concorder, ne songeant qu'à conquérir, et ne mesurant leur puissance que par les soldats et les tributs qu'elle leur donnait ' , cela produisit un désordre de lois et de
' Quand Swiatoslaf voulut s'établir à Péréiaslaf, il dit : Les Grecs me fournissent de l'or, de riches étoffes, du riz, des fruits, et du
coutumes où beaucoup se perdirent , et de tels aceî-
dens^ qu'Iaroslaf fut obligé de foire un réglemeiU
pour ne pas voir s'abîmer par l'anarchie la plus
sanglante 9 la ville de Novgorod à laquelle il était
réduit.
Voici l'événement qui ftit sans doute la cause immédiate de ce code, et surtout de la charte très remarquable des libertés novgorodiennes.
La chronique d'alors dit qu'en 1018, Novgorod, poussée à bout par les Varègues, gardes d'Iaroslaf , se fit justice à elle-même en les égorgeant; que le prince irrité répondit à cette violence par le massacre des principaux Novgorodiens qu'il sut attirer dans son palais ; mais qu'en cet instant éclata la nouvelle du triple fratricide de Swiatopolk; qu'alors laroslaf, menacé par son frère, se voyant sans gardes , et abandonné par ses sujets , revint à ceuxci, se jeta en pleurant dans leurs bras, qu'ils lui tendirent sans rancune, qu'ils armèrent pour lui, et sur lesquels ils relevèrent deux fois jusqu'au sommet de l'empire.
Ce fait , sans commentaires , est sans vraisemblance. Qu'Iaroslaf ait attendri les Novgorodiens par son repentir, cela est possible; mais qu'il s'en soit fait dès-lors l'armée la plus dévouée et la plus persévérante dans sa cause , cela n'est croyable
vin ; la Hongrie, du bétail et des chevaux; je tire de la Russie du miel 9 de la cire, de Thydromel, des pelleteries, et des hommes.