LIVRE I. — CHAPITRE IX
dent^ où ils avaient voulu forcer les Kiewiens à se racheter. Cette nation n'était plus considérée que comme une p^inière de braves mercenaires, utiles au prince, mais dangereux pour le pays; leur influence en Russie semble s'être terminée par le rétablissement de la liberté à Novgoix)d, et avec le règne d'Iaroslaf.
Mais c'est ici le moment de s'expliquer cette puissance, déjà si marquante de Novgorod, qui vient de donner trois fois la Russie entière à Vladimir et à larôslaf . Son existence républicaine, toujours de plus en plus remarquable jusqu'à Iw^an III (1480), est un phénomène au milieu de cette patrie de l'esclavage.
La position géographique de cette ville , qui d'abord avait amené sa soumission aux Varègues, fit ensuite sa force.
En effet, les Novgorodiens,- hors de portée des nomades du Sud et de l'Est par cette position , et toujours rappelés vers le Nord par leur commerce, s'y conservaient, sans aller, comme le reste de la Russie, se perdre dans le midi. Cette paix du nord, quand le midi s'épuisait ; l'éloignement des Grandsprinces depuis qu'Oleg s'était établi à Rief ; leurs méuagemens pour une ville qu'ils regardaient comm.e leur refiige; tout cela rendit à Novgorod, avec une force nouvelle, toute son ancienne indépendance.
Aussi, la vit-on bientôt suzeraine de l'Ingrie, de la Carélie, d'une grande partie de la Permie, de
Pleskof et de Torjock. Le golfe d'Archangel la bornait au nord, Twer au sud.
Elle avait un namestnick, ordinairement prince du sang, lieutenant du Grand-prince, général de l'armée, et même juge, mais seulement cpiand on s'adressait à lui; un posadnick, bourguemestre ou maire; un tisiatski *, boyard de la commune, tribun du peuple , veillant sur les démarches du namestnick et du posadnick; des boyards, conseillers de ville, corps municipal ou sénat (toutes ces places étaient électives et temporaires); enfin des zitiéloudié ou propriétaires , première classe, où l'on choisissait les boyards; puis les marchands, et le peuple.
Cette république, considérée comme l'apanage de la Grande-principauté, et comme un État dans l'Etat, chargée de la défense des frontières du nord et du nord-ouest, avait ses assemblées du peuple qu'appelait le son d'une cloche fameuse, dite wetchevoy : tous ses citoyens, sans distinction, avaient le droit de voter. Le prince n'assistait point à leurs délibérations; là, se décidaient la guerre, la paix, l'élection des magistrats ; quelquefois le choix de l'évéque, et même celui du prince; du moins fallait-il, le plus souvent, que cette assemblée l'approuvât.
Le prince n'était reconnu qu'après avoir juré de gouverner, conformément aux anciennes lois de la république; de ne confier le gouvernement des
'^ Ou tyssiatchsky.