CHAPITRE I
plusieurs siècles ^ l'inyasion tatare versera à plein bord ses barbaries y ses perfidies , et tous les yices de l'esclavage. Le vol, comme une malculie conta-gieusCy attaquera toutes les propriétés '. L'oppression, avec son odieux cortège de haines, de ruses, de dissimulations, de mœurs sombres et farouches, d'empoisonnemens , de mutilations et d'horribles supplices, s'établira; elle s'étendra sur toute cette contrée j elle pénétrera dans tous les coeurs, qu'elle flétrira et abrutira pendant deux siècles.
Une si alïi^use tyrannie légitimera tous les moyens d'y échapper; alors, tout sera confondu : la distinction du bien et du mal s'efiàcera; ils auront ôté au crime sa honte, au châtiment son infamie I Le nom même de l'honneur disparaîtra; ce sera l'empire de la peur !
Dans la seconde période où nous entrons, au commencement du douzième siècle, Vladimir Monomaque, ce héros chrétien , pourra dire encore : Ne faites point périr même le coupable y car la vie du chrétien est sax^rée. Mais à la fin du quatorzième siècle , quand son esprit revivra dans le grand Dmitry Donskoï, on verra ce digne descendant du héros chrétien des Russes contraint de rétablir la peine de mort. Bientôt, la justice de ses successeurs deviendra de plus en plus féroce, soit que les moeurs tatares aient prévalu, soit nécessité, et pour proportionner aux crimes les supplices.
' Karamsin.