CHAPITRE I
suffisance j grossièreté? Perd-on ainsi les droits de l'expérience , le seul bien qui reste aux vieillards , et si cher acheté.
Ajoutons que, dans ces temps barbares, le défeut de tactique ejt le genre des armes laissaient tout l'avantage à la force physique ; ce qui donnait aux exercices du corps la priorité sur ceux de l'esprit.
Et puis, les diffërens sacs de Kief, dès le commencement des partages de l'empire , détruisirent dans son principe tout l'ouvrage d'Olga, de Vladimir et dlaroslaf .
Contre une barbarie volontaire et générale , les moyens d^instruction sont si :feibles, que le prince, loin de les diviser pour les répandre, est forcé de les réunir sous sa protection ; il faut qu'il appelle d'abord les générations naissantes autour de lui, pour qu'elles viennent y chercher l'instruction, qui ne peut les aller chercher : c'est pourquoi, les principes de la civilisation durent être long-temps renfermés dans une seule ville.
Or, nous allons voir, dans cette seconde période de l'histoire russe , que cette ville , prise en 980 par les Varègues de Vladimir, brûlée en ioi5 par ceux d'Iaroslaf , et déjà pillée en 1018 par les Polonais, fut prise et reprise par eux en 1069 et 1077 ; et qu'enfin , après avoir passé violemment de mains en mains pendant encore un siècle, elle fut saccagée complètement en 11 69, et à peu près détruite en 1:201.
Dans la destruction de cette Kief , de cette mère de toutes les Tilles russes, aurait été comprise celle de la civilisation , si l'intelligence humaine n'était un sol tellement propre à cette semence , que dès que son germe y est jeté, il devient indestructible.
Toutefois, la Grande-principauté passa de Kief à Vladimir j la navigation du Borysthène, de plus en plus contrariée par les Tatars Polovtzy et autres, fut oubliée. Les Grands-princes s'éloignèrent ainsi des Grecs , qui les civilisaient , quand ces Grecs s'éloignaient d'eux , repoussés par les troubles civils de la Russie.
C'est pourquoi , vers le milieu du douzième siècle (1168), date de la chute de cette seconde capitale des Russes, les moeurs deviendront plus sauvages, ou plutôt ce seront d'autres moeurs; ce ne seront plus celles de cette Kief, qu'adoucissait Byzance, mais celles du centre de la Russie, encore païenne et barbare , au milieu de laquelle le siège du gouvernement aura reculé. Les duels judiciaires s'ajouteront alors aux épreuves du feu et de l'eau; les assassinats politiques et les guerres civiles se multiplieront ; un singulier ordre de succession se joindra à tous ces désordres. L'empire, ainsi déchiré, restera ouvert aux Polonais, aux Hongrois, et surtout aux Tatars Polovtzy, qui aideront les princes russes à le dévaster; enfin, les^ Tatars Mongols se présenteront; l'Etat, morcelé , résistera sans ensemble, et sera détruit.
C'est alors que dans cet abîme, et pendant