LIVRE II. — CHAPITRE IL
devient son héritier de l'aveu même des enfans de celm-ci , et Tordre de succession entre frères s'établit.
Il se fondait 9 a-t-on dit , sur une coutume dont on ne cite pour précédens que cette régence d'Oleg, sans songer assez qu'un fait si ancien , et qui ne s'était pas renouvelé depuis cent soixante-cinq ans, ne pouvait guère être dans les moeurs.
On pourrait croire que les Russes suivirent un instinct naturel , qui semblait répugner à ce qu'un oncle obéit à son neveu , ou bien qu'on voidut éviter par là des minorités, ou prévenir des querelles entre de jeunes frères , qui auraient plus de respect pour un prince âgé, leur oncle. Le fait est que, dans ces temps naïfs et grossiers, ce mode de succession , si bizarre et si pernicieux , parait avoir eu pour principe un respect scrupuleux et exagéré pour le droit de primogéniture : ce nom d'ainé était si respecté , qu'il suffit jusqu'à la fin du quinzième âècle pour désigner le suzerain. Aussi, verroiis-nous la succession directe ne se rétablir, que lorsque les Grands-princes de Moscou feront reconnaître d'avance, leurs fils et petits-fils, pour les cànés de tous les autres princes : Je te reconnais pour mon aîné , était leur symbole de soulnission.
C'est à ce même respect pour le droit d'aînesse qu'il feut attribuer la succession d'oncle à neveu , conséquence de l'hérédité entre frères; en voici le
mode : Les frères s'étant succédé jusqu'au dernier^ et celui-ci Tenant à mourir, c'était non à son fils, mais à son neveu qu'appartenait le sceptre , c'està-dire au fils de Fainé des frères qui venaient de se succéder sur le trône.
Un ordre de succession si étrange eut deux tristes conséquences : d'abord , tm plus grand morcellement de l'empire en apanages, et de nouvelles occasions de guerres civiles. Il était simple qu'un Grand-prince donnât de son vivant, à ses enfans, des forces contre un oncle qui viendrait bientôt favoriser ses propres fils , aux dépens de ses neveux.
Ce morcellement n'épargna même pas le domaine suzerain. Il parait qu'Iaroslaf le législateur l'avait laissé si puissant, en comparaison des apanages, qu'il avait pu croire sa suzeraineté assurée et incontestable. Mais bientôt ce vaste domaine fut subdivisé comme le reste de l'empire.
Les Grands-princes commirent cette faute d'euxmêmes , soit indifférence pour l'intégrité d'un domaine , qui passait après eux à une autre branche , ou plutôt, intérêt à le laisser faible contre leurs enfans, qui n'en devaient pas hériter; soit qu'ils ne sussent où leur trouver ailleurs des apanages.
Le second résultat de cet ordre d'hérédité, fat l'aflaiblissement progressif du pouvoir des Grandsprinces, non seulement faute d'un point d'appui matériel sur un domaine si morcelé, mais encore faute d'un système suivi de gouvernement.