‹ Histoire de Russie et de Pierre-le-GrandChapitre 39 sur 359 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

En efièt, toujours étrangers à la Grande -principauté, ces princes y arrivaient de leurs apanages, ayee leurs Boyards, gens dévoués qu'ils rassasiaient aux dépens des anciens possesseurs *. Cette extrême amovilnlité dans le sceptre, trompant sans cesse l'espoir des sujets, les accoutuma à ne s'attacher à aucune branche des Rurick.

D'autre part, les Grands-princes arrivant plus âgés au trône, les règnes fiirent plus courts; ce qui interrompit tous les projets, et amena sans cesse de nouvelles révolutions, ou de nouveaux systèmes de gouvernement : car le système de gouvernement ne pouvait pas se transmettre d'un frère à un fi^re, et d'un oncle à un neveu , comme d'un père à son fils.

Cet ordre de succession ftit donc une des principales causes de la faiblesse progressive des Grandsprinces et de l'État, pendant cette seconde période ; cela est si vrai , que dans la troisième , et malgré le surcroit de maux produit par l'oppression tatare, nous verrons l'État renaître avec l'autorité suzeraine, par le rétablissement de la succession directe, dans l'une des branches de cette multitude de princes.

' Entre mille autres exemples, voyez ce que l'historien russe dit d'Ioury de Souzdal, trois fois usurpateur du trône de Kief. Des favoris et un ramas d'aventuriers, qui cherchaient fortune à sa suite, foulaient à leur gré les citoyens de cette capitale, les pillaient, les outrageaient, etc. On vit plusieurs fois les princes enlever tous les boyards d'une viUe, etc. , etc.

Quant 9vaL mcMes russes, nous rfflaarqoierons que y dans toutes les querelles d'apanages de la seconde période, il n'est point questicm d'eux, mais seulement des princes. C'est que le mouvement toujours conquérant de la première période, les mceurs, l'amovibilité de toutes les fortunes secondaires au milieu de ces révolutions d'apanages; enfin, la rareté des villes, des résidences et des lieux forts, avaient empêché les voiévodes de se perpétuer dans leurs commandemens, comme ces chefs de guerre l'avaient déjà fait partout ailleurs à cette époique. Fuis, quand on commença à fonder de nouvelles villes y les princes se nuiltiplièrent aussi , et se les partagèrent; personne même ne pensa qu'elles pus* sent appartenir à d'autres qu'à ces princes^ tant la dévotion à la famille des Rurick, parait avoir été de tout temps, absolue et exclusive.

Il suffisait d'être de cette race : bons ou mauvais princes , les Russes acceptèrent tout. Ces peuples se laissèrent passer de mains en mains, diviser, subdiviser, donner et reprendre, comme il plut à tous ces princes.

De son côté, cette famiUe de Rurick regarde l'État comme sa propriété. Écoutez un certain Oleg; appelé, en 1096 ou 1097, au congrès de Kief par ses parens , et averti qu'on y consulterait les évoques, les anciens boyards et les plus illustres citoyens : « Je suis prince ^ répondit-il y et ne suis u point /ait pour prendre conseil des moines et de w la populace. »

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