CHAPITRE IV
voit, dit-il, qu'un ciel rigoureux, des déserts sauvages, de ténébreuses forêts, et des peuples plongés dans l'ignorance. Rief seule peut le séduire ; il s'en empare , ou plutôt c'est Kief qui s'empare de lui ; et bientôt il y meurt, plus encore de voluptés que de vieillesse.
Aussitôt, toute la cohue des princes apanages se relève; ils se ruent de nouveau sur ce trône de Kief, qu'ils escaladent, et sur lequel ils passent et repassent avec une telle rapidité, que le regard se perd à vouloir les suivre.
Un seul, dont la jeunesse fiit celle d'Achille, s'est retiré de cette tourbe ambitieuse : c'est André, l'héritier de Souzdal. Il voit ce grand apanage d'un regard tout opposé à celui de son père : « Là, dit-il, « régnent encore la simplicité des mœurs , l'obéisi< sance du peuple et le dévoûment des Boyards ; « tandis qu'à Kief, ville frontière des Hongrois , « des Polonais, des Polovtzy, tout n'est que pillage, « meurtres, guerres civiles et étrangères. »
Aussi, pendant qu'il laisse les autres princes, avec tout ce qu'ils ont de passions et de mains avides, se déchirer, s'épuiser autour de cette Kief, lui la méprise ; il se tient à l'écart dans son patrimoine. Là, il semble réfléchir profondément sur les maux de sa patrie. C'est surtout dans la position excentrique de Kief, et dans les partages de l'empire, qu'il en voit la cause.
C'est pourquoi, dans son vaste domaine, il se
refose à toute concession de territoire , même en ÊiTCiir dé ses plus proches parens; et il commence un combat à mort contre les apanages. C'est encore pourquoi il rend sa Vladimir digne d'être la capitale des Russes , pourquoi il agrandit Moscou , création de son père, fonde autour de lui une multitude de villes , les peuple de ces grands Bulgares du Volga 9 qu'il fait subjuguer % et attire datus le centre de la Russie , par les charmes de la paix y la population du Midi , qui fuyait les horreurs de tous les genres de guerre.
Enfin, en 1168, après avoir été repoussé par la fière et inconstante Novgorod, il se retourne vers Kief , sur laquelle ses armées marchent; et c'est bIots que cette seconde capitale des Russes , prise d'assaut, dépouillée, dégradée, tombe, et cède sa suprématie à Vladimir.
Cependant, l'année suivante, les nombreuses troupes d'André^ conduites par soixante-et-onze princes du sang, que commande l'un de ses fils, échoueront encore devant Novgorod, où règne un fils du prince de Kief . Novgorod est à son plus haut degré de puissance ; entrepôt du commerce de la Perse et de l'Inde avec l'Allemagne, elle vient d'être admise dans la ligue anséatique. Mais si elle
' André ne fit pins la guerre par Ini-même depuis son avé^ement. C'est peut-être pourquoi, à dater de son règne, les chroniques donnent le nom de cour à ce qu'elles avaient appelé jusquelà gariU du prince.