LIVRE III. — CHAPITRE I
de l'Europe pqir l'Asie, se trouvent dans le génie de Gengis-khan, qui réunit les Mongols • aux Ta^ tars, et dans les mœurs de ces deux peuplies.
Cet ambitieux ne pouvait ptre grand que par la guerre; il était barbare; il commdn4ait à des pasteurs 9 nécessairement ppmades comme leurs troupeaux; comment , dans ces vastes déserts, les aurait- il tenu^ sous sa dépendance pilleurs que dans des camps ? Gomment les tenir réunis daps des camps autrement que par de continuelles conquêtes; ^ns quoi cçs peuples pasteurs sont forcés pour yivre de se réparer en une multitude de hordes? La guerre, une guerre perpétuelle pouvait donc seule assouvir sa passion, et lui faire savourer sa puissance. Quand elle eut dévoré l'Asie entière, il lui fallut l'Europe.
Dire que les Russes se mêlèrent de défendre les Polovtzy, et massacrèrent les envoyés tatars qui vinrent leur proposer une alliance insidieuse, ce serait donner une cause puérile à cette grande invasion. Ces avides barbares, alléchés, comme tous leurs prédécesseurs, par le luxe de Byzance, eussentils passé devant la Russie sans songer à elle? Kief , presque sur leur chemin, et le hixe grec des Russes, ne suffisaient-ils pas pour les attirer? Ils en entendirent parler en 1231 aux Polovtzy, en i25j aux
' Mogols, suivant de Guignes et Karamsin; et Mongols, suivant Malte-Brun, Depping et Levesque.
Bulgares d'Argent • , qui par leurs pillages ne connaissaient que trop les richesses des Russes. Puis ces Polovtzy et ces Bulgares du Volga étaient en guerre avec les Tatars , et la conquête que ceux-ci firent de ces deux peuples, les mena tout naturellement à celle de Kief et de Vladimir.
Quant aux causes dès rapides succès de ces Tatars, remarquons d'abord que leur vie pastorale ne les attachant à aucune patrie , dut seconder l'immensité des projets ambitieux de Gengis-khan. Ce genre de vie rend tous ces peuples propres au nciétier des armes , et les tient toujours prêts à combattre. Les nations nomades sont des armées irrégulîères, mais mobiles, promptes et toujours sur pied; ce qu'elles laissent derrière elles peut être gardé par des vieillards , des femmes et des enfans.
La guerre n'est point un événement pour ces nations , car de longues marches changent peu les habitudes d'un peuple errant; leurs maisons, leurs vivres , marchent avec eux ; et ceci est de quelque importance dans des plaines incultes et des forêts inhabitées. Ces Tatars avaient donc sur les Russes l'avantage qu'ont des armées permanentes sur des levées subites.
Toutefois, c'est ici le lieu de se rappeler l'existence de ces gardes permanentes des princes russes, auxquelles il faut joindre celles des villes,
' Ou du Volga.