CHAPITRE L i
le khan de Crimée, ne songe qu'à sa propre conservation ; lorsqu'enfin la Russie entière , ardente et tout armée, marche fièrement jusque sur l'Oka , au-devant des Tatars , lui seul se décourage î il se croit vaincu. Il ef&aie la capitale de la fuite de la czarine, qu'il envoie se réfugier au loin dans le Nord. Il s'arrête à l'approche de l'ennemi; il hésite, abandonne enfin son armée, et va jusque dans Moscou cacher son épouvante' : il y rappelle même son fils. Au moment de tout perdre, il semble ne vouloir rien exposer de ce qui touche à sa personne.
Mais les prêtres, le peuple, ce fils lui-même, indignés, éclatent en murmures : Pourquoi les Or-tr-il surchargés d'impôts sans payer au khan son tribut ; et lorsquil a attiré V ennemi au sein de la patrie y pourquoi refuse-t-^ïl de combattre pour elle? Il vient, dit-il, demander aux évêques et aux boyards leur avis; mais ceux-ci lui répondent' : Conçfient^il aux mortels de redouter la mort! -On veut en vain fuir sa destinée ; marchez courageusement à V ennemi y voilà notre conseil !
Quant à son fils, loin de lui obéir, il s'écrie : Quil attendra les Tatars de pied ferme; quil préfère mourir à son poste plutôt que d'imiter V exemple de son père.
Ainsi repoussé par la clameur générale vers son
« Par la bouche de Vassian, archevêque de Rostof. F, Karamsin, vol. VI, page i83.
i56 LIVRE IV.
armée ^ le pusillanime autocrate y revient glacer toutes les ardeurs ; une seule peur enchaîne tous ces courages. Moscou apprend que son souverain , tremblant derrière un fleuve * cpii le sépare du danger, marchande un reste de honte, qu'il négocie son déshonneur ! Peut-être va-t-il s'abaisser avec la Russie jusqu'à baiser l'étrier du Mongol ! Alors : Touché par nos larmes , lui crie le métropolite , *vous étiez reparti pour combaitre V ennemi des chrétiens y et vous implorez la paix de cet impie qui méprise votre prière! Ah! Seigneur , à quel apis pretez-^ôus donc l'oreille ? N'est^e pas jeter votre bouclier et prendre honteusement la fuite? De quel degré de grandeur descendriez-vous ? Voulez-vous lii^rer la Russie au fer , à laflànuney et les églises au pillage? Et oiifuiriez^ous ? Pla-nerezr^ous conune V aigle? IreZrvous établir votre nid au milieu des étoiles? Le Seigneur vous pré^ cipiterait de cet Mile même! Non y vous ne nous abandonnerez pa^ ; vous rougirez du nom de fuyard et de traître à la patrie !
Mais rien , ni ces vives exhortations , ni les nouveaux renforts qui accourent de toutes parts , ni l'isolement de sOn ennemi que le prince lithuanien ne peut seconder, rien enfin n'est parvenu à émouvoir la plus grande des personnalités , l'égoïsme autocratique! Désarmé de son machiavélisme, en
' t.a Lougra.