CHAPITRE I. i
Voilà donc l'Asie vaincue , la Moscovie libérée ; et, sans doute, l'histoire ne représentera plus le prince sous lequel s'opéra cette grande révolution que comme un guerrier redoutable, un glorieux conquérant sur son char de triomphe ! Mais l'histoire n'oserait ; l'histoire même indigène , captive , soumise^ comme tout ce qui croit sur le sol russe; bien loin de là, elle nous représente ce prince, dans l'âge des combats, ne montrant que de fausses velléités de combattre. Tantôt il annonce son départ pour Kasan avec ses armées, qu'ensuite il laisse toujours à d'autres le soin de conduire; tantôt il part enfin lui-même, mais pour s'arrêter en chemin sous le plus léger prétexte, ne rougissant pas de Yoir continuer sans lui ses guerriers , auxquels il re* commande toujours d'éviter tout combat décisif.
Bien plus, en i4^> il ^^^it rasseaiblé toute la Russie et épuisé tous ses moyens de guerre; son armée marchait à un triomphe assuré : il s'arrête I Le vain espoir de quelques négociations lui fait préférer, à tant d'annes toutes prêtes , la politique ; mais la Russie, indignée, s'élance malgré son prince : le général qui, par son ordre, a voulu la retenir, reste seul. Iwan apprend que les guerriers russesr se sont nonmié un autre chef, et qu'enfin ils ont triomphé des Kasannois, en dépit de sa pusillanimité. Alors seulement, quand cette audace heureuse et impunie de ses sujets l'a bien convaincu de l» faiblesse de Kasan, il pousse contre elle tous le&
i54 LIVRE IV.
princes engagés a son serrice, sa garde même, et Itd, demeure dans Moscou, encore tout inquiet des dernières convulsions de ce faible ennemi, que pourtant il vient d'envoyer achever par les forces colossales de la Russie tout entière.
Voilà comme il attaque, comment donc se défendra-t^il? Comment la horde dorée, si longtemps dominatrice, ftit-elle trois fois repoussée, et enfin anéantie sans retour? Quels furent les combats de ce nouveau Dpitry Donskoï, ou du moins ceux auxquels assista ce Louis XIV, l'Actium de cet Auguste? Comment vaincre autant sans victoire? l'histoire n'en cite pas une seule. A la première invasion de cette horde, à peine a-t-il osé donner l'ordre de se défendre; lesTatars de Crimée ont seuls sauvé la Russie. A la seconde (1468), il ne compte que sur le nombre, et réunit des fonces si disproportionnées avec le péril, qu'au seul bruit de leur marche il se dissipe. Aux yeux du khan, dit l'annaliste, notre armée s agitait et brillait comme les flots d'une m,er majestueuse, éclairée par les rayons du soleil. C'est par ce seul aspect qu'Iwan s'est contenté de vaincre une seconde fois son ennemi, dont la fuite n'a pas même été troublée par le circonspect autocrate.
A la troisième agression de la horde dorée, en 1480, quand il a dompté la plus dangereuse des républiques russes; quand il a su rallier ses frères à la cause générale; quand la Lithuanie, qu'occupe