CHAPITRE
Enfin, en i588, deux évêques grecs marchandent le pontificat de Byzance, que le grand-visir vend au plus offrant. Jérémie, l’un d’eux, vaincu dans cette honteuse lutte, accourt en Russie y puiser l’or nécessaire poiu" racheter ce patriarchat de la Grèce, et la déchéance de son rival : il paie ce vil et obscur triomphe qu’il doit aux libéralités du czar Fœdor, le dernier des Rurick, en lui vendant l’indépendance de l’Église misse , et le droit de posséder et de nommer en Russie un patriarche. C’est ainsi que cette suprématie religieuse vient , comme toutes les autres, se réunir dans une seule.
Toutefois, quand on se représente que’, depuis plus de six siècles , il n’y avait eu dans ce pays de ténèbres qu’une science, la théologie; tpi’un livre , l’Évangile ; (ju’une seule corporation , le clergé ; tpi’une règle constante, une seule doctrine invariable , une seule discipline inflexible , celle de l’Église; on s’étonne <pie cette organisation au milieu du désoixlre, que cette création dans ce^chaos n’ait point tout dominé.
Comment, en effet, ce clergé, avec la grande et profonde philosophie de sa religion , ses doctrines positives, absolues et si menaçantes, et ses formes imposantes, a-t-il toujours été soumis à l’autorité temporelle? Comment encore son autorité jtidiciaire, son influence .superstitieuse , qui plusieurs fois éteignit"dans les flammes et. le sang des germes de schisme, et sa richesse si piodigieuse,
([n’en iSyo il possédait les deux tiers des terres de . l’empire', n’ont-elles point suffi pour le rendre mloutahle au chef même de cet empire?
C est que (ai chef était aussi le sicm; il réunissait les deux puissances; il présidait les conciles. Car tel fut de tout temps l’esprit de la religion grecque. Constantinople, métropole religieuse des Russes, a toujoui-s vu dans ses princes les vicaires de Dieu sui’ la terre. Ceci date des empereurs païens. Le poutificat était un de lems principaux attributs : il en r(îsta quelque chose aux empereurs chrétiens du Ras-Empire, leui’s successeurs, dans leurs prcjteutions et dans l’taiprit de leurs peuples ; sur quoi les Gi'ands-princes russes et leur nation se mcxlelèreiit. ’ ■ .
Eu effet, les évê(|ues de Constantinople, toujours en présence et sous la main du maître, ne purent, coimne les évêques de Rome, se faire de souveraineté; en sorte qu’ils restèrent sujets au spirituel 0 œmme au temporel. Leur ambition se borna à se faire patriarches, puis à se rendre indëpendans du, pape; mais ils n’y purent parvenir <pi’en' s’appuyant de. lem’s empereurs, en se plaçant derrière enx j et ils y restèrent.
Cela marcpia bien {dus bas en<x>re, à leurs infé- • rieurs les m«kropolites russes , leur place au-dessous
• V. le Fojra^eur Mariais, l’édit-de i55i, et les traités d’alors
avec lo»Cô3a(]ues'à^ .
’ f’'. (Kbbon, CondiUac, ètt. •’