CHAPITRE IV
rapprochement , elle succombe sous la puissance de tant d’intérêts et d’amour-propres réunis, ou devant celle du prince qui s’en fait le protecteur. ,• .
Aussi , est-il prouvé que , dans la riche et puissante Novgorod, toutes les fonctions, jusqu’à celles de boyard’ , étaient encore , à la fin du quinzième siècle, électives et temporaires.
On voit, dans la vie d’isiaslaf (douzième siècle), cpie les boyards étaient les serviteurs des princes , et qu’ils jouissaient alors de peu de considération; un discours de Swiatoslaf (1176) prouve’ que le lx)yard payait de sa tête , les crimes qui n’auraient coûté à un prince que son apanage.
Le serment qu’lwan 111 exige des boyards ^^i demandent à passer à son service , fait comprendre toute leur sujétion. La loi de Novgorod montre avec quel soin les villes contenaient leurs boyards; le boyard novgorodien convaincu de violences, payait cinquante roubles, tandis qu’en pareil cas le citoyen distingué n’en payait que vingt , et le reste dix. ^
De ces faits, il résulte qu’on ne distingue guère de noblesse féodale en Russie , que dans les princes apanagés; les nobles étaient plutôt lem’s gardes et des notables , parmi lesquels l’égalité des partages de succession jusqu’à Pierre-le-Grand , et ([uatre siècles de bouleversemens continuels, perpétuèrent
•Ce nom de Boyard venait de boye (combat); car la valeur commença partout la noblesse. ••
l’amoTibilité des fiefs, des places, et même des propriétés.
Ce fbt surtout la fWcpience des révolutions d’apanages qui fit sans cesse changer de mains ces propriétés ; il fallait bien que chaque nouveau pvihce satisfit ses gardes et ses créatures , et cela 'seul établissait de fait l’amovibilité.
' Toute espèce de succession fut donc sans cesse interrompue parmi ces nobles ou notables , c’està^ire parmi les officiers civils et militaires , et les cavaliers des princes et des villes , possesseurs précaires de ten-es, de solde et de dignités, avec charge de service civil et militaire.
I! eti advint que, ne pouvant acquérir de considération rpie par ces places et charges temporaires , ces notles restèrent obscurs sous les étendards des villc§ et de cette foule de princes du sang, qui formait la haute et véritable noblesse.
N’oublions 'pas tpie la liberté se vendamt, et l’esclavage de la glèbe n’existant pas encore , les riches et les puissai^ durent tout attirer à eux , métayera, hopilttes à gages,- et jusqu’à ces nobles; or, ces riches et ces puissans ne pouvaient êti-e que les prrnces,^ce qui dut tenir «moore les nobles en faüjlesse. ' ' ' • • .
Aussi , malgférinteF^Lention des enfans bô-yai-ds, dotés par.lwan 111,' l’on retrouve au«scbièmè siècle, comme dans le code du. onzième, la justice encore eiitre les mains de jurés, de notables et d’anciens
CIIAPITRK IV.
ilu Heu , ou dans celles de juges choisis par les princes. Les amendes., punitions de la plupart des <lëlits, sont toujours vers<^es au trésor du princej la justice demeura donc au trône, et il n’y eut point en Russie , comme ailleurs , d’usurpation de la noblesse sur cette principale partie de la puis- •sance souveraine.
Voilà pourtpioi , juscpi’à la ifin du cpjatorzièmé siècle, l’histoire russe ne tient compte cpie de deux puissances, celle des princes et celle des cités. Ces causes sont tellement celles du peu d’éclat de la noblesse justp’à Dmitry Donskoï ( 1 564) > q«’on la vit tout à coup marcpier dans l’histoire dès que les princes russes fiment confondus avec elle, et les Tatars chassés. Ses premiers noms de famille ne, datent même tpie de la fin de ce quatoraème siècle jusque-là, des sobrirpiets et des surnoms seuls dislinguaient.
Mais dès que la réunion de Moscou à Vladimir, l’appui du clergé, celui des Tatars, le nouvel ordre de succe.ssion ,,la longue diirée et l’esprit des règnes «les premiers princes de Moscou, et l’introduction «les armes à feii (i 38g), arme «lu plus riche , eimenl «•oitipôsé une force centrale et souveraine, ce pouvoir attira les yeux'de tous les faibles ; les nobhis , pour échapper aux Tatars, à la tyrannie de leurs princes et à l’amovibilité de leurs places et de leurs fortunes, se rallièr«îut à^ette puissance, et l’aqgineiitèrent encore. C’est ainsi que, peu à peu, les
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