‹ Histoire de Russie et de PierreleGrand, par m. le général comte de Ségur, auteur de l'Histoire de Napoléon et de La Grande Armée, pendant l'année 1812Chapitre 128 sur 332 · CHAPITRE' IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE' IV

milice fidèle , suivant les mœurs da ses.aïeiix et l’esprit de son institution.

Néanmoins , on se rappelle <pe' le seigneur de Polotsk s’était déjà alFranchi sous Vladimir de l’autorité du prince, comme en France nos comtes. Mais comme il y avait peu de villes, et qu’il y eut bientôt autant de princes du sang que de villes, elles devinrent l’apanage des princes avant que les seigneure, trop éloignés l’un de l’autre, eusseut pu faire corps et s’y maintenir. ^ * -

Au.ssi, qu’un seul noble ait osé lutter cpnlre un seul prince apanagé, c’est une chose inouïe dans l’histoire nisse; tant ces nobles restèrent faibles, sans exception , devant la multiplicité, des princes du sang, et par la rai’eté des villes, qui suffisaient à peine aux apanages, tle sorte (pi’il n’y. en eut cpie pour les princes. ' '

Au milieu de ces vastes déserts, .ces villes populeuses et fermées, devaient être d^ue giande impoi-tance relative. Les voyageiu’s du quinzième siècle disent cju’il n’y avait alors que les environs des cités qui fussent cultivés. Ces cités* étaient si considérables, cpi’en 1602 Moscou put pei-dre cent ‘•mille hommes par diirérçns fléaux. On connaît la popiilatiun de Novgoiiod. Cela ne prouve pas

■ Entre autres cxempics, remarquez que, sous \ ladiniir-lc- Granil, Rostof et Mouroum, fiefs appartenant, depuis Rurick, à des chefs varègues, letir furent retirés pour être donnés aux fils du Grand-prince. (Karamsin, vol. ), page 294.) ,

LIVJKE V. •

que le pays i^as peuplé qu’atqourdlini , mais seulement que, dans ces temps de désordre et de barbacrie, la crainte rassemblait et resserrait dans leurs cités* des peuples, qui, s’ils étaient restés dispersés dans les campagnes , n’auraient pu y vivre en sûretés ’ '*<,

La même crainte retint les nobles dans ces villes ; et vraiment, la fière et orgueilleuse individualité, et l'isoleméht de la vie féodale, étaient-ils {XMsibles dans un fclimat si dur, si triste; sur un sol si dépeuplé, .ài plat, partout accessible, surtout en hiver , et menacé par des incursions si furieuses et si subites ?

Or, -cette noblesse dut rester sans force et sans indépeâidance personnelle, dans un pays où les cités seules pouvaient être protectrices. En effet, tout lui manquait dans les champs déserts , jusqu’aux pierres , et juSqu’à ces positions escarpées , indispensables à la construction de ces châteaux forts , dont ailleurs elle couvrit l’Europe. C’est pourquoi elle fut obligée de résider dans ces villes*, et de dépendre "d’elles ou des princes qui les gouvei^ naient.

Ce ùe fut donc pas seulement la multiplicité des princes , ce fut la puissance des cités , et la nécessité d’y vivre , qui firent la faiblesse des nobles russes ; car la noblesse est campagnarde de sa natm-e ; dès qu’elle se mêle à de grandes réunions d’hommes , qui s’éclairent et reconnaissent leui’. force par leur

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