‹ Histoire de Russie et de PierreleGrand, par m. le général comte de Ségur, auteur de l'Histoire de Napoléon et de La Grande Armée, pendant l'année 1812Chapitre 150 sur 332 · LIVRE VI. — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — CHAPITRE IV

despotisme atroce d’Iwan IV semble avoir détruit tous les liens de patrie , de famille , de religion , surtout chez les grands : ceux sur lesquels sa tyrannie a pesé le plus ; la plupart , il est vrai , créatures et jouets de son caprice, hommes nouveaux, sans règles ni mesure, sans habitudes ou pi^i^ugés , sans tradition enfin , qui aillent à leur situation nouvelle.

Les uns signent dans Moscou même l’asservissement de leur patrie à la Pologne ; une foule d’autres assiège, la tente du prince polonais , non pour combattre cet ennemi de leur patrie , mais poiu* lui demander efirontément, au nom de leur trahison , la dépouille de leurs compatriotes restés fidèles. Les Suédois sont maîtres de Novgorod, les Polonais de Moscou : c’ést un désordre effroyable.

Mais au milieu de cette subversion totale, la religion est restée seule debout et invariable ; dans les ennemis de la patrie , elle a reconnu les siens ; ses prêtres ne peuvent s’y méprendre : leur foi est entière, leur devoir évident, leur intérêt direct. Au milieu de cette conflagration universelle, il semble que l’esprit religieux qui les anime soit comme une atmosphère , un élément à part , exclusif de tout mélange : dans lequel ils vivent , hors duquel ils sentent qu’ils ne peuvent ‘exister; tout est corrompu, tout tombe autoiu' de ce noyau, <jui seul reste à découvert entier et mooi'ruptible.

Cette' époque, si honteuse a Voûtes les classes

de la nation , est celle de la plus gi’ande gloire du clergé misse. Quand tout le reste, à peine échappé aux chaînes de l’Orient, se courbe devant celles de l’Occident, lui seul résiste contre la trahison domesticpie et l’invasion étrangère , par des héros , par des martyrs j montrant ainsi cpie l’indépendance nationale , que l’esprit de parti , que même celui de caste, peuvent quelquefois transiger, et jamais celui de secte. ^

Cependant la Russie est si dégradée, qu’on dédaigne sa couronne : aux yeux des rois de Suède et de Pologne , elle n’est plus un empire , mais une proie dont ils ne veulent que les lambeaux.

Enfin, en 1612, on en est arrivé h ce point où les nations sentent qu’elles n’ont plus de salut cpi’en elles-mêmes, où l’excès de l’adversité met les hommes à découvert, où la nécessité distribm; les rangs. 11 y avait là cent fois plus de calamités (pi’il n’en fallait pom’ produire un grand homme ! Aussi s’en élève-t-il de toutes les classes de la nation : Minim poui" le peuple; Pqjarski pour la noblesse. Le clergé continue à donner les siens; pamni eux, s’élève Romanof : deux fois martp’ pour sa patrie dans les fers polonais, pendant neuf années, ce métropolite en confesse inébranlablement l’indépendance, et la Russie reconnaissante choisit son fils pour empereur (i6i5).

Cette élecùon marque la fin de la quatrième période , et de ces (juime ans d’illégitimité ou d’in-

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