‹ Histoire de Russie et de PierreleGrand, par m. le général comte de Ségur, auteur de l'Histoire de Napoléon et de La Grande Armée, pendant l'année 1812Chapitre 156 sur 332 · CHAPITRE t · texte numérisé non relu

CHAPITRE t

remplir les plus pénibles devoirs : il a été tambour, puis soldat , enfin officier , et ce it’est point une forme vaine; lui-même, dans une brouette faite de ses mains , a charrié la terre des retranchemens fpi’il a creusés; et lui -même encore, comme les moindres soldats , veille à son tour pour les garder.

Il veut honorer cette can'ière , y laisser la trace des pas d’un souverain fortement empreinte , pour y serv ir de l égulateur à ceux qu’il appelle à le suivre; puis, donnant encore un plus grand exemple «lans les intervalles de son service, il s’attache à l’étude de la langue allemande et des matliémati- <[ues, se reposant des fatigues du corps par celles de l’esprit , et se'formant ainsi à la vie des héros. •

Déjà , par cette étude opiniâtre des principes de la science de la guerre , Pierre s’est appris à apprendre; et comme les arts se tiennent les uns aux autres par queltpie endroit , et tous par une méthode généj-ale, cette étude approfondie de l’un d’eux l’entraînera à d’autres ; il y puisera de plus «*n plus le goût de la civilisation , le dégoût de la barbarie moscovite , et sa gi-andeur à venir va naîtra de son infortune.

Cependant, Sophie et ses strélitz regardent eu • riant ées jeux guerriers. Dans cette suite d’eflbrts, toujours dans la même direction , elle ne reconnaît pas' les essais d’un génie n<aissant. Dans ces eût- • • -r qualité enfans , formés en une compagnie dite*"

d'agrément, elle n’aperçoit point le germe de ces corps réguliers , tpii bientôt contribueront à la précipiter du trône , et h anéantir ses satellites.

Que lui importe un enfant de cpiinze ans, qui seul , grandit entre elle et le but , où touche déjà sa sanguinaire ambition. Mais Pierre ose déjà lui résister ; sa force méprise la feinte j il se déclare ouvertement contre le complice de sa soeiu' ; a la grossesse coupable de la femme de son frère , il oppose son propx’e mariage , et bientôt l’espoir d’un héritier plus légitime.

Sophie commence à s’étonner qu’un si jeune cœm’ ne se laisse ni gagner , ni intimider. Bientôt l’âge de Pierre ( 1689), il a dix-sept ans, son génie qui devance son âge , la pressent ; elle ose enfin revêtir les insignes du souverain pouvoir ; Pieire s’indigne, et l’éclat de sa colère est le signal de sa perte. Déjà la victime, l’heure, le lieu, tout est • martpié , et six cents strélitz mai’chent avec la pi’écipitation du crime, dans l’ombre de la nuit.

Mais ce n’est point dans mie cour despotique , séjour favori de l’intrigue, et dans un gouvernement où le pouvoir, absolu jusqu’à la théocratie , était concentré dans une seule famille , que la double puissance de la légitimité et du génie pouvait manquer de partisans : c’est ce qu’on voit à l’anéantissement de cette fièrc princesse, tpiaud elle apprend <|ue Pierre, averti à temps, s’est réfugié

Page 1