‹ Histoire de Russie et de PierreleGrand, par m. le général comte de Ségur, auteur de l'Histoire de Napoléon et de La Grande Armée, pendant l'année 1812Chapitre 155 sur 332 · CHAPITRE I. ag · texte numérisé non relu

CHAPITRE I. ag

et grossiers amusemens ; puis à des étrangers que repousse la jalousie des boyartis, que hait la superetition du peuple , et que l’ignorance générale méprise.

Mais la Providence marche à son but au travere de notre aveuglement. Pierre, écarté du trône, échappe à cette atmosphère de mollesse et de flatterie qui l’environne; la haine cju’on lui inspii-e contre les bouiTeaux de sa famille accroît l’énergie de son caractère. 11 sait qu’il doit reconquérir sa place sur un ti’ône, qu’occupe une sœur habile, ambitieuse , et qu’entotu’e une milice barbare ; dès-lors , son enfance a ce cpii mantpie trop souvent Ji l’âge mûr, elle a un but. Son génie , déjà audacieux et persévérant, s’en saisit. Entoimé des esprits hardis de ces aventuriers, venus de si loin pour tenter la fortune , il se développe rapidement.

L’un d’eux, Lefort, retrouvant sans doute en ce jeune barljare les traces de civilisation, tpie peutêtre y avait laissées soiî premier instituteur', fait briller à ses yeux les sciences , les arts de l’Europe, et surtout l’art militaire.

On dit qu’alors, à l’aspect de la barbarie de ses compatriotes, des larmes d’un généreux dépit jaillirent des yeux de cet adolescent; il semble «ju’on vienne de présenter un glaive aux jeunes regards d’u'n^ nouvel Achille. Mais Pierre est bien plus encore.

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Que ses jouets aient été des armes, ses jeux des exercices militaires, on s’en étonne peu ; mais ce qu’on admire, c’est qu’il ait compris l’importance de la discipline , dans la saison des ans où elle paraît le joug le plus insupportable ; c’est fju’il s’y soumette avec cette ardeur cpie les hommes mettent à lui échapper; tpi’il y persévère à l’épotpie la plus changeante de la vie ; c’est , enfin , qu’il donne l’exemple à l’âge où l’on sait à peine le recevoir.

Cincpiante jeunes Russes ont été placés près de lui, non comme cette élite de jeunes Égyptiens près de Sésostris , ou comme jadis les fils des grands de la Perse auprès du jeune Cyrus , mais seulement comme ses compagnons de débauche , ses divertisseurs , ainsi qu’on les appelait dans la grossièreté de ces temps.

Pierre les a acceptés comme tels; car son coi’ps , aussi robuste que son esprit, suffit à tout, au mal comme au bien : mais en même temps, avec cet admii'able discernement des grands hommes , et cette force qu’ils exercent sur eux et sur les autres, il se précipite par la seule issue qu’on lui présente, hors de la barbarie epii l’environne, et entraîne après lui tout ce qui l’entoure.

Le bourg où il est relégué devient une école militaire européenne ; ses compagnons , des élèves de l’art de la guerre , exercés , armés , habillés comme les étrangère, dont il a reconnu la supériorité.

Le jcuùç czar veut passer par tous les grades, en

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