‹ Histoire de Russie et de PierreleGrand, par m. le général comte de Ségur, auteur de l'Histoire de Napoléon et de La Grande Armée, pendant l'année 1812Chapitre 163 sur 332 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

doit être son alliée, et déjà il se déclare l’appni du prince saxon cpii va la gotiverner.

Hamlïotirg, la Hollande, l’Angleterre, se disputent l’estime d’un monarcpie , dont leui’ commerce est avide d’exploiter les possessions; mais hii, au travers de ces repoussemens de la Suède et de ces réceptions triomphales du reste du Nord , marche < à son but sans se distraire. Au milieu de ces nations si supéi’ieures en lumières , simple comme la vraie grandeur, il ne dédaigne rien ; à ses yeux la science utile égalise tout. Il pmid , du même air, les leçons des rois et celles des artisans , élevant à lui toutes ' les utilités , toutes les supériorités , de quehpie part, tpi’elles viennent ; et , se montrant ainsi , sans le vouloir, et par la seule force de son caractère , audessus des préjugés, non seulement de sa nation, dont il veut être l’exemple , mais aussi des nations rpi’il prend pour, modèles.

Pendant dix-sept mois, l’Allemagne, la Hollande, l’Angleterre, l’Autriche, virent’ un jeune barbare de vingt-cinq ans , qu'une sœur perfide'avait livré, dès l’àge le plus tendi-e, aux plus violentes passions ; aimant le vin , les femra(*s , le commandement , (piitler son troué absolu , une guerre heureusfement commencée , etjîette foide de .séductions (jui as,siégent le pouvoir; pour aller, le compas, la hache , le scalpel à la main , dans leurs manufactures , leurs ateliers , leurs hôpitaux , étudier pratiquement les splences, tpie seul^au milieu de ses

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peiipifa, il a jugées indispensable.s a leur prospérité,

à leur gloire, à leur iudépeudance.

L’étude et les soins de la politicpie , les guerres cpi’il fait continuer, celle qu’il prépare, ne le détournent pas de ce travail obscur et pénible; il y est soutenu par l’importance de son entreprise, et sans ({ue la grandeur et l’éclat d’un but cpii brille sans cesse à ses yeux , lui donnent alors trop de précipitation poui* l’atteindre.

, C’était encore un de ces hommes du gi-and siècle,

' de ce siècle plus grand cpie tous les autres , parce ‘ qu’il fut consciencieux , parce que tout y fut plus vrai , et que beaucoup y songèrent sm'tout à être ' franchement et entièrement ce que , depuis , ou eut surtout hâte de vmdoir paraître.

Eu même temps , Pierre a entraîné ou poussé hors de la Moscovie, et vers les lumières européennes, tpiatre cents jetmes Russes ; il y ramènera lui-même, sept cents étrangers habiles dans les arts . et les sciences’ lés plus nécessaii-es à son empire; d’autres encore y seront sans cesso attirés.

Et qu’on ne ctuie pas que ce soit un œil de . barbare, ébloui soudainement par la civilisation du ‘ grand siècle de-Lôuis XIV, qui va se perdre ainsi dans ses détails. Pierre a entrepris de réédifier et d’instruire une société di^fjuinze millions d’hommes roidis de pi'éjugés, de .superstition et d’habitudes grossièï«Ps. Ce n’e.st pas seulement ses sujets qu’il veut civiliser, c’e.st -encore, et tout à^la fois, le sol

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