‹ Histoire de Russie et de PierreleGrand, par m. le général comte de Ségur, auteur de l'Histoire de Napoléon et de La Grande Armée, pendant l'année 1812Chapitre 173 sur 332 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

denx de leurs chefs, ont osë tramer le complot d’un incendie nocturne. Ils savent que Pierre y acconrra le premier; et c’est au milieu du trouble et du tumulte ordinaires en ces sortes d’accidens , qu’ils regorgeront sans pitié ; après qtioi, ils massacreront .tous ces étrangers qu’on leur donne pour maîtres.

Tel a été leur infâme projet. Déjà, l’heure qu’ils ont choisie pour l’accomplir, approche. Ils ont des complices, point de dénonciateurs; et, réunis dans un festin, tous cherchent dans des liqueurs enivrantes le courage nécessaire, au moment d’une si terrible exécution.

Mais , comme toutes les ivresses , celle-ci eut , suivant leurs divers tempéramens, des influences différentes. Deux de ces misérables y perdirent leur assurance ; ils se communiquèrent , non de justes remords, niais une lâche crainte; et, se sauvant ^ d’un crime par un autre , ils sortent sous un prétexte spécieux, promettent à leurs complices de revenir à temps, et courent chez le czar dénoncer le complot. ’

. C’est à minuit qu’il doit éclater, et Pierre donne i’ordrè de cerner, à onze heures précises, la maison des conjurés. Bientôt, croyant l’heure venue, il se rend seul à la demeime de ces brigands ; il y pénètre avec assurance , cert.iin de n’y trouver qi^e des criminels ti*erablans, et dqà encliaînés par ses' gardes.» Mais son impatience a devancé le temps;. et il se voit , seul et sans armes , devaiît leur troupe libre ,

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audacieuse , armée , et à l’instant où elle achevait

de vociférer encore le serment de sa perte.

Toutefois, à son aspect imprévu tous se lèvent interdits. De son côté , Pierre , comprenant tout son danger, indigné de la désobéissance présumée de ses gardes, et furieux de s’étre livré, renferme la violence de ses émotions. Engagé trop avant pour reculer, il ne se déconcerte point ; il s’avance sans hésiter au milieu de cette foule de traîtres, les salue familièrement, et , d’nne voix calme et naturelle , il levu’ dit : Que passant devànt leur maison, il Va vue éclairée; quil a pensé qu’on s’y divertissait, et qu’il est venu partager leur joie. Puis aussitôt il s’asseoit, et fait raison à ces assassins,

• fpji , debout autour de lui , ne peuvent d’almrd se * défendre de boire , à la ronde , à sa santé.

Mais bientôt leui’s regards' délibèrent , leurs

signes d’intelligence se multiplient, ils s’ehhar-^

dissent ; déjà même run d’eux s’est penché vers

Soukanin , il vient de lui dire , à voix basse : Frère,

il est temps! Et celui-ci hésitant ou ne sait pour-

fpioi, achevait de répondre : Paj encore/ cpiand

Pierre tpii rentend, et qui reconnaît ('ufiu les

pas de ses gardes , s’élance de son siège , renverse

* ce chef d’un coup au visaj^ , et s’écrie : S’il n’est pas encore temps pour toi , fils de chien,- il Vest pour moi! A'èe coup, et à la vue des gai’des, le» assassins tombent prt)st<îniés , ils implorent leur pardon : Qu on les'enchaîne, a répondu le terrible

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