‹ Histoire de Russie et de PierreleGrand, par m. le général comte de Ségur, auteur de l'Histoire de Napoléon et de La Grande Armée, pendant l'année 1812Chapitre 175 sur 332 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

^ Cependant, cette effroyable exécution semble avoir contenu ce peuple, pendant les dix-sept mois d’absence de son maître; mais il fallait un plus terrible exemple , pour anéantir chez ces barbart» tout esprit de révolte , et les arracher à leurs ténèbres, dans lesquelles ils se complaisaient.

Au départ de Pierre, cette conjuration avortée avait assuré pour*quelque temps la tranquillité de son .empire ; une nouvelle révolte de la barbarie le rappelle. Cfe sont encore les strélitz; leur cause est si sainte, cpi’au dire de leurs prêtres, elle les rendra invulnérables. Ils désertent donc de l’armée ; ils' ■'marchent en force sur Moscou : leurs complices les y attendent.

Mais tout avait été prévu. Romodanowsky, vieux boyard d’une fidélité inébranlable, d’une volonté inllexible , rude et bizarre dans ses mœurs , et poussant la brutale justice de ces temps jusqu’à l’atrocité , remplaçait le czar ; l’Écossais Gordon et ses douze mille soldats aguerris, disciplinés' à l’eui'opéenne , Français pour la plupart, et dont . la. vie , peithiè aii milieu de ces barbares , ne tenait qu'à cêlle du réformateur,* lui gartlaieut Moscou.

LIVRE VIII. — CHAPITRE II. 837 Le combat <\it court ; l’armée de la barbarie fijt vaincue , désarmée , enchaînée par l’armée de la civilisation.

Pierre , alors à Vienne et prêt à passer en Italie, accoi^ au milieu de cette victoire de l’ordre contre le désordre ; il en profite. Mais ce n’est pas lorsque, revenant des pays civilisés, il retombe dans toute « la férocité de ces mœurs sîiuvages qu’il veut réformer, en torturant et déchirant de ses propres mains deux mille de ces misérables janissahes. C’étaient , il est vrai, ces mêmes barbares, jadis meurtrière des qrands de l’Etat , bourreaux de sa famille, trois fois assassins de son enfance et de sa jeunesse; c’étaient ces insolens qui , la hache à la main , avaient prétendu gouverner l’État dans leurs sanglantes saturnales ; ces révoltés qui , tout à l’heure encore doublement traîtres à leur patrie , venaient d’abandonner sa frontière pour i-enverser son gouvernement , et la replonger dans les ténèbres. Mais, /• enfin , l’énormité de tant de crimes ne peut motiver* l’atrocité de tant de supplicre; l’entraînement des' moeiu’s et des coutumes d’alors ne l’excuse pas.. . davantage, ni les oécessilcs de position et de., fonnes radc^s , indispensables à employer avec des ' esclaves brutes et féroces. ^

• Les details en sont allreux ; l' histoire ne peut les taire. Pierre Jui-niême a interroge ces criminels par la torture ; puis , à l'imitation d’Iwau-' . le-Tyran, il se-feit leur juge,- lein’ bourreau; il •

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force ses nobles restés fidèles à trancher les têtes des nobles coupables , qu’ils viennent de condamner. Le cruel, du haut de son trône, assiste d’tin œil sec à ces exécutions; U fait plus, il mêle aux joies des festins l’horrem' des $upplicq|| Ivre de vin et de sang , le verre d’une main , la hache 'de l’autre, en une seule hem'e vingt libations successives marquent la chute de vingt têtes de strélitz, qu’il abat à ses pieds, en s’enorgueillissant de son horrible adresse. L’année d’après, le contrecoup , soit du soulèvement de ces janissaires , soit de l’atrocité de leur supplice , retentit au loin dans l’empire ; d’autres révoltes éclatent. Quatre-vingts strélitz , chargés de chaînes , sont traînés d’Azoph à Moscou; et Icui-s têtes, qu’un boyard tient successivement par les cheveux, tombent encore sous la hache du czar. Il veut que , pendant cinq mois entiers, les roues et les gibets, toujours di-essés, étalent leur proie. ‘

Sophie existait prisonnière; son ambition déchue ne s’était pas assoupie au milieu du silence du , . cloître et de l’isolement de la disgiàce. Une adresse des strélitz venait encore de l’appeler à la couronne.'

* * PieiTC a fait p»;ndre ses trois auteurs aux fenêtres mêmes de cette princesse; il veut que le bras roidi de l’un de ces morts tienne sa coupable adresse étendue vers elle , dans la propre chamlire

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