‹ Histoire de Russie et de PierreleGrand, par m. le général comte de Ségur, auteur de l'Histoire de Napoléon et de La Grande Armée, pendant l'année 1812Chapitre 184 sur 332 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Telles sont quelques unes de leurs plaintes. Mais depuis qu’en 1698, plusieurs avaient partagé la révolte et le supplice des slrélitz, les autres s’en tenaient h ces murmures. Ils attendaient tout du temps; et Pierre, qui n’en espérait rien, hâtait, par tous les moyens possibles , la régénération de son empire pour qu’elle pût lui survivre.

Souvent il l’aisonne avec ses boyards; il essaie, avec nue patience qui ne lui est point naturelle, de vaincre, par la conviction, leur opiniâtre bigoterie. Sa diction , comme celle des gi’ands hommes, est à la fois vive et pittoi’escpie , nei-veuse et concise, car c’est surtout chez les hommes tout d’action , cpi’il est vrai de dire que le style est l’homme.

Mais les prqugés, l’habitude, une paresse orgueilleuse, la superstition et l’intérêt de caste, parleait au cœur de ces nobles plus intimement cpie le czar, et avec bien plus de persévérance. Aussi Piernî ne s’ en lie»it-il pas à des paroles. 11 seraljle ne consid(’TCr ces propriétaires de terres, que comme (h's possesseni s de fiefs , pour lescpiels ils se doivent au sei-vice de l’État. Voilà l’espnt de cette loi sur les, successions, jadis divisées également, et dont les

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immeubles passeront désormais indivis, à l’un des mâles , au choix du père ; et les biens meubles seulement aux autres enfans : loi favorable en cela au pouvoir paternel et à l’aristocratie, mais dont les autres dispositions montrent le véritable but^

En effet, il déclare cpie les héritiers de biens meubles, ne pourront les convertir en immeubles, <pi’après sept ans de service militaire ou dix ans de service civil, ou quinze ans d’exercice d’un art quelconque, ou du commerce. Bien plus, si l’on doit en croire Perrj, tout héritier de cinq cents roubles de bien , qui n’aurait point appris les élémens de sa langue , ou de quelque langue ancienne ou étrangère, devait perdre son héritage.

C’est surtout chez les prêtres et dans la noblesse, tpi’il attaque et désarme la sourde et opiniâtre résistance que la barbarie lui oppose ! Voilà pourquoi il a fait plusieurs milliers de cavaliers, de ces fils de prêtres, hommes libres, mais ignorans et superstitieux comme leurs pères. C’est par une même raison, qu’il vient de transformer en soldats vêtus et disciplinés à l’européenne, cette foule d’enfans boyards, ou domestiques nobles, dont juscpa’aloi's les boyaixls marchaient environnés.

Pourtant, justju’en 1709, la plupart des officiers de son armée sont encore, ou étrangers, ou de noblesse inférieure, ou de la classe du peuple; les autres nobles se sont tenus à l'écart. Mais Pierre a poiu-suivi leur inertie jusejue dans le sein de leurs

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