CHAPITRE V. 3jJ
familles. Tout noble, depuis lage de dix jusqu a trente ans, qui se sera soustrait à une inscription, dite volontaire, verra ses biens confisqués au profit de son dénonciateur.
C est ainsi qu en ly 1 3 , il a violemment arraché aux moeurs barbares que leur transmettaient leurs parens, tous ces réfractaires, et qu’il les a enrôlés ' dans la civilisation. Les uns ont été placés dans des ecoles militaires de sa création; d’autres ont été • pi-endie des mœurs plus douces, des habitudes et des connaissances nouvelles, chez les nations civi-lisées; beaucoup de ceux-ci sont obligés de corraspoudre directement avec lui , sur ce qu’ils apprennent ; à leur retour, lui-méme encore veut les interroger, et s’ils ne rapportent aucun pi-olit de leur voyage, la honte et le ridicule les puniront. •
. Livrés au bouHbn du czar, ils deviendront la risée de la cour, et seront assujettis aux plus vils emplois du palais; châtimens tyrannicpies d’un réformateur,
<pii se croyait le pouvoir de forcer la nature, en
commençant l’éducation à l’âge où elle doit finir,
et en assujettissant des hommes faits, à des puni- '
tions à peine tolérables pour des enfans. * ;
Car on ne prétend pas <pie cette grande vie ne fut point parsemée de grandes erreurs; ce qui n’est que trop concevable , puisque tout y fut pour tous, ^
innovation ; et qu agissant sur une matière ingi-atj; ]
^ et rebelle, il dut tenter une foule d’essais infinie- j
lueux; il jugeait ti-opdes autres pai- lui-même, ce . ’
346 Livre viii.
<|ui trompe le plus souvent, surtout les rois et les .grands hommes ; les premiers, parce (pi’ils dilFèrent trop des atitres hommes par leur position, et les seconds par eux-mêmes.
Aussi , Mansteiu reproche-t-il à Pierre-le-Grand , d’avoii' pi’êtendu transformer, par des voyages dans la civilisation , des hommes déjà faits et tout formés d’ignorance, de paresse et de barbarie. «La plu- « part, a-t-il dit, n’y recueillirent cpie des vices. » C’est ce cjui attira au rcfoiTnateur cette leçon de son sage; U appelait ainsi Dolgoi’ouki. Ce sénatem', lui dédarant obstinément et sans s’expliquer, que ces voyages de la jeunesse russe seraient inutiles, ne répondit à l’impatiente et vive dénégation du despote, qu’en pliant silencieusement l’ukase, en * [xissant fortement l’ongle sur ce pli, et en demandant k l’autocrate d’essayer si , avec toute sa puissance, il pourrait désormais en effacer la trace.
Le bon sons de Pierre a , dit-on , compris la force de cet exemple ; mais il n’en veut pas moins que tous ces nobles soient forcés de servir comme volontaires ■ et k leurs frais, dans ses armées de terre et de mer. Désormais, ils n’obtiendront le gi'ade et les appoin— temens d’oHleier, et dans toutes les réunions, les égards , les distinctions de tonte espèce exclusivement aflèetés à ce rang, qu’aprcs l’avoir acquis par ' lies services distingués.
Cette obligation générale de serviee et ce classe- , ment dans l’État et dans la société ^ en raison des • #
i;i-ades cpie lui seul accorde , mettent toute la noblesse dans son inflexible main. Des^>otisme insupportable à envisager, mais enfin qu’il ne crée point. C’était en Russie le seul droit , la seide l ègle , le seul moyen de gouvernement connu. Le prince, comme ses sujets, n’en concevait point d’autre. Pierre l’a trouvé invétéré dans les mœurs , et il s’en sert, non pas comme ses pi-édécesseurs, au gré de son caprice, de ses passions on des circonstances , mais en le circonscrivant à un plan fortement conç.u ; au profit de l’utilité publique, sa seule pensée j avec la confiance du génie , et en n’exigeant des autres , par tant d’oi-dres tyrannitjues , (ju’une partie des sacrifices aux(|uels il s’est soumis lui-même.
Et d’ailleiu's , y avait-il tant de tyrannie à l'orcer la noblesse à être utile? Ne .remontait-il pas aux sources, à l’espi it de cette iiislitulion , en montrant ([u’il ne voulait recounaitre j)Our nobles que ceux prêts à servir l’Etat ? Trouvera-t-il, enrin , des ilétiacteurs dans nos jours d’égalité , ce princt^ moscovite du dix-septième siècle, (|ui déclare cette grande et inaccessU)le carrière de la nolilesse ouverte il tout son peuple ? N’est-ce pas lui qui , après s’être fait soldat lui-même, veut que tout soldat <|ui se distingue puisse, suivant le gi’ade qu’il obtiimt, acipié.rir une noblesse viagère ou transmi.ssible? Et comme en même temps il a classé toutes* les places civiles , par assimilation aux places militaires, il en résulte que ce corps de noblesse, sans
C"j by Googlf