‹ Histoire de Russie et de PierreleGrand, par m. le général comte de Ségur, auteur de l'Histoire de Napoléon et de La Grande Armée, pendant l'année 1812Chapitre 191 sur 332 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Tant d’efforts étaient indispensables pour triompher à la fois du dedans et du dehors, et pour laisser après lui des bases de civilisation inébranlables;

Pierre n’e pu les établir qu’en se créant, sous la forme d’une armée , un nojau de.- nation nouvelte.

Avec cette armée , il doit vaincre la valeur savante des Suédois et la ^barbarie de ses sujets.^Car cÀ deux luttes concordent : l’une est in^'spensable à l’autre. * » ,

Voici l’une de ces rares circonstances, où 'la ^'erre, ce règne sauvage du plus fort, va devenir pour tout un grand peuple , un moyen immédiat de civilisation. En effet, comment, sans commerce, ' civiliser luî peuple barbare, et comment le rendre ççmmerçant, si la mer lui est fermée; et smtout la seule mer bordée de peuples civilisés, qui soit à sa porté^. La guerre seule pouvait donc lui ouvrir V cette unique voie de richess* et de perfectionne- * ment. Mais, quel que soit son désir, Pierre ne s’y^ .

^ pi-écipite point. Il ue s’fest déclaré qu’en 1700, lorsqu’il a profité des vicJpnestd’E^ène et des Véni- ' tiens, pour oonclure avec la Tuwjpj^*ùu<^ paix de

Imite années; <|uand il est libre de toute autre guerre et son année prête; lorstpie- ce n’est plus tpi’iin roi de Suède, un prince prcscpie enfant qu’il s’agit d’attacpier; quand enfin deux puissans voisins s’entendent avec lui , pour arracher à ce jeune roi des provinces en contact immédiat avec la Russie , séparées de la Suède et mécontentes.

Le sujet de cette guerre est , pour la Pologne , le recouvrement de la Livonie et de l’Estonie ; pour le Danemarek, celui du Holstein et du Sleswiek ; pour la Russie , la reprise de l’Ingrie et de la Carélie. Des deux côtés le droit est le même. On veut repi’cndre par la guerre un bien jadis accpiis par la guerre , et (jue depuis cent ans la gueiTC avait ravi.

Celle-ci semblait devoir n’occuper {pi’un instant et ne coûter qu’un faible effort ; elle fut teiTible et dura vingt et un ans. Là , comme ailleurs , la prévoyance d’une politique habile fut déconcertée par les vifs et vigoureux élans du génie. Ils sur- • prirent Pierre-le-Grand lui-même, par leur nature, tpii toujours fait exception , et change tout-à-coup l’ordre îles lieux , des temps et des distances.

Tel que ces points dans l’espace, germe de plu* tci ribles tempêtes , mais d’aboid inaperçus , impei> ~ ceptibleS, Charles XII se lève tout, à coup d’unel^ grandeur formidable ! Le Danemarek, surpris jus- * tpie dans Copenhague , a succombé dès le premier coup de, cc foudre ; d’un second , la Russie sembli^

Page 1