‹ Histoire de Russie et de PierreleGrand, par m. le général comte de Ségur, auteur de l'Histoire de Napoléon et de La Grande Armée, pendant l'année 1812Chapitre 192 sur 332 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

(l«';s:iimëe devant Narva; le sort de la Comlande est décidé par un troisième : il suffit d’un (p.ia- Irième pour arracher à la Saxe la turbulente Pologne, si jalouse de ses franchises, et qui ci*oit pouvoir, avec une multitude d’indépendances individuelles, se composer une liberté générale.

L’orage continue ; il redouble ; un cinquième coup de foudre éclate jusque sur le trône héréditaire du Saxon qu’il renverse. Alors, dans ce ix)i de Saxe, si fort de coi-ps et si vaillant, l’esprit s’abaisse : et la main de fer du Suédois ne lâche prise (|u’après avoir souillé son rival agenouillé, dans cette fange de bassesse et de perfidie, où, royales comme privées, tombent trop souvent toutes les infortunes.

L’empei’em’ d’Autriche se ploie encore plus que. son vassal ; c’est sans avoir succomljé qu’il s’hiunilie; laisse, dit-il en se courhmil, passer cette tempête; donnant nn exemple de plus, de cette peisévérance llexible de la politique autrichienne, patiente jusqu’à la résignation , et qui sait tout sacrilîei’ au temps, ^ont elle attend tout.

Cependant, à Narva, les meilleures troupes russes, an nombre de trente-deux mille, et attarpiées par huit mille Suédois, ont étt* prises, désarmées^ détruites. Le c-zar était absent. Ce coup de massue UarUde et inopiné no le déconcerte point. La révolte d’ Astrakhan, que provotpie la nouvelle forme dc'vétemens, et le fds de l’un de ces strélitz snppli-

ciés dans Moscou, viendra bientôt s’ajoutcj' à ses embaiTas. Scheremetef, le meilleur de ses f»énéraux , pomTa seul étoulFer cet incendie ; mais rien u’aiTctera le fondateur. Il n’a fju’un but dont rien ne le distrait, auc{uel il fait tout servir, aufjuel il ramène et sacrifie tout. Il le poursuit sans relâche, tout au travers de cette guerre terrible et des révoltes de son empire. Il faut y détruire rancienne opinion avec son cortège d’habitudes et de moeurs , en sul)stituer une nouvelle, et dans ce passage de l’iine à l’auti*e, soutenir, comme Atlas, et de ses propres forces, ce monde ébranlé; il accepte ce fardeau. Au milieu du trouble d’une grande défaite , comme dans les traiisports de la victoire, il marche du meme pas : il fonde, il entreprend en tous genres et de toutes parts , sans tpie succès ni revers ne le détournent, ni cpi’une création lui fasse oublier l’autre.

En même temps qu’il recrute lui-même de nouveaux soldats pour son armée anéantie devant Narva, qu’il les dresse de ses mains, qu’il distingue parmi eux , ceux faits pour comij^ander aux autres , et qu’il ehange en canons les cloches de ses églises , U court en Samogitie, à Smolensk, tendre une main fenne à la Pologne ébranlée. Il offre à son roi six cent mille francs et vingt mille Russes, sans airti’e condition que de les instruire et de les civiliser; il dompte son clergé, sa noblesse, change eurs mœur^ par des lois , par des exemples; règle

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