‹ Histoire de Russie et de PierreleGrand, par m. le général comte de Ségur, auteur de l'Histoire de Napoléon et de La Grande Armée, pendant l'année 1812Chapitre 195 sur 332 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

lipues du point où Pierre— le— Grand avait placé la sienne.

Mais en Saxe comme en Pologne , tout a été, ^ abattu sous l’épée du Suédois. C’est alors qu a son orgueil naturel, Charles XII ajoute celui de la victoire , cette fatale présomption , ivresse des victorieux , eüèt ordinaire des hommages et des soumissions qui les environnent. *

Son mépris pour les Russes s’est augmenté de la prudence du Czar, qui lui a fait offrir la paix. Il ne la signera, dit-il, que dans Moscou. Pieri'e, sans s’émouvoir , répond : Mon frère Charles veut faire V Alexandre; mais il ne trouvera pas en moi un Darius. Et il le prouve d’abord, en parcourant, non seulement son empire , mais encore toute la Lithuanie, et en disposant tout pour une défense opiniâtre.

Cependant , Charles , cpae gonfle l’orgueil de Narva , partage d’avance entre ses officiei's les dignités de l’empire misse. Son fouet, dit-il, suffirait pour chasser cette canaille moscovite, non seulement de Moscou, mais du monde entier, ' .

Il daigne enfin marcher lui-même contre ces vaincus. A Grodno , un heureux coup de main accroît son assurance. Plus loin , une lutte opiniâtre et sanglante au passage d’une rivière*, au

' y. Leclerc.

’ Combat de la Bibitch contre Scheremetef , Repnin et Mentâkof ( 1 4 juillet 1708). • ^

lieu de la modérer , exalte son ardeur. Après Molii- Icf, dès son entrée sur les terres de la vieille Russie, un échec que fait éprouver Golitzin à son avant-garde l’irrite j il s’expose; et une sm’prise de partisans, où il est près de succomber sous des lances de calmoucks, ne l’éclaire point. Il semble <pi’à Dresde, ses excès de puissance aient alfaibli son jugement ; tpi’il soit aveuglé par le sang tout fumant encore de Patkul, et que, pour s’etre fait un dieu de lui -même, le vrai Dieu se soit l'etiré de lui.

Enfin, quand déjà Moscou tremble, quand la Suède espère toucher au tenue , il trompe les ci'aintes ennemies, l’espoir des siens; ce fier soldat, dont justpie-là tous les coups portaient au cœur, se détourne vers le midi sur une foi nomade ; il abandonne ses renforts pour errer au loin dans le A'ague des déserts, sans guide, sans appui, et comme entraîné par la fatalité.

A cette vue inespérée, ne ei’aignez pas t[ue la Joie de Pierre aille se heurter imprudemment contre l’ivresse victorieuse du Suédois <pii s’égare. Il ii’a pour alliés que les défauts de son adversaire; mais il sait que , de tous, ce sont les plus sûrs et les plus utiles : ils lui suffisent; ce sont eux surtout fpj’il laissera agir. 11 attendra qu’ils aient livré son rival aux déserts , à la famine , à l’hiver qui s’approche : lui s’ajoutei-a à ces fléaux. Mais tous ses eoiqjs sont mesurés : entreprenant à piopos, comme il

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CHAPITRE II. • vient (l’être ch’conspect, çe chemin des déserts du midi de sc!n empire cpi’il a laissé libre au concpicrant de la Pologne , s’il juge qu’il fout moimir ou vaincre, pour y arrêter à Lesno une seconde armée suédoise, qui vient compléter la première, il crie aux Russes de sa réserve , de tuer tout Moscovite qui reculerait, sans Ven excepter. Et il triomphe avec douze mille soldats seulement, api’cs trois jours d'un combat opiniâtre. Sa victoire est complète ; Levenbaupt et ses seize mille Suédois sont prcs(]ue entièrement détruits; vivres, canons , trésor, tout devient la proie du vaiiu[ueur.

Par ce coup hardi, Charles XII reste isolé. Alors le Czar, jugeant d’une hauteur immense les temps, les lieux, les hommes, maixpie l’épocpie et la place^ où lui-même reviendra tei-miner cotte grande lutte. Puis, laissant l’opiniâtreté du Suédois, si inllexible, si immuable, (ju’elle semble matérielle, aux prises avec ses licutenans et tous les fléaux réunis, il retourne dans le sein de son empire. Là , il contient .. les Tatat’s, et continue avec calme les créations de^tous les arts de la pa'ix, au iqilieu dVne guerre- ^ terrible, et dans l’attente si proch^nc dc son coup le plus décisif.

Enfin , à Pultawa , la victoire coUroniio les travaux du guerri(^’ législateui’. Du milieu dc edi champ ^ de gloire -.Je vous salue, dit-il ' à ses soldats, je ^

• ATc de %fenUikof, Siètfte de Pierit-le-Oianÿ.

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