CHAPITRE II
Cependant ringi’ie est conquise, la Livonie, la Courlande envahies, et doxize mille Suédois sont prisonniers. Le czar annonce et récompense ces victoires avec éclat ; mais loin de s’en eblouü-, il se contente de s’écrier : Grâce au ciel, nous voici parvenus à vaincre les Suédois , quand nous sommes deux contre un; espérons qu un jour ils nous auront appris à les battre à armes égales! Scheremetef éprouv(vt-il un revers? Ne vous en affectez pas , lui écrit-il , une prospérité constante rend les hommes vains. S’il fait enfin éclater sa joie, eu exaltant l’orgueil patriolicpie des siens par des triomphes, c’est, comme après la conquête d’Azoph et de la mer de ce nom, quand dès la seconde année dèJa guerre , il s’empare d’une ville sur la Newa , qu’il nomme Schlusselbourg, ou clef de la Baltique.
Partout ailleurs, ce prince sait ne s’exposer qu’à propos; mais il devient aussi téméraire (p’un flibustier, dès qu’il s’agit d’ouvrir cette mer h ses Etats. En effet, dès la campagne suivante, on le voit, le gouvernail d’une main , l’épée de l’autre, descendre la Newa , passer tout au travers des feux de Nientschantz, et enlever avec ses barques et à l’abordage, la flotte suédoise ; puis, tout aussitôt.
le golfe est recounu, et Pierre, encore tout armé, décide, le compas èt la sonde' à la main , qu’une ile déserte, marécage inhabitable, sera Pétersbourg. Lui-même choisit la place , et trace le plan du fort ([ui devra la défendi-e.
" Les effoits des lieutcnans de Charles pour détmire cette création, se multiplieront vainement; Pierre l’entoure de son génie ; une population nombreuse y sera attirée. Cent mille hommes vont périr dans ses fondations empestées; et cependant, le fondateur ne croira pas avoir acheté trop cher ce point de contact avec le commerce , les sciences et les arts de l’Europe. Bientôt, par le canal de la Twer et de la Msta , les flots de son port seront réunis à ceux de la mer Caspienne. Cette ville, ce port , sa flotte, tout va se faire à la fois , et comme par enchantement : c’est cpi’aussi, le conseil, l’ordre , l’exécution , c’est cpie tout enfin est dans ce seul homme , à la fois général , marin , ingénieur et souverain absolu.
En même temps, et pendant huit ans entiers , il a su alimenter d’argent, et de renforts que luimême a plusieurs fois conduits en Pologne , la lutte de son allié saxon contre le héros suédois; car, soit habileté du Czar, soit (pi’il y ait du bonheur daus tous les succès humains, même les mieux mérités, la fortune de la Russie avait voulu que, pendant ces huit premières années de guerre , Charles xil eût mis toute sa gloire à quatre cents