CHAPITRE VI
Cependant, le noyau d’une si grande puissance au-dedans et au-dehors, n’avait été cpie cinquante jeunes compagnons de débauche transformés en soldats, et un débris de chaloupe à voile, inconnu et abandonné dans un magasin. En vingt-cinq ans, ce germe, dans une habile et vigoureuse main, avait produit ’, d’une part, deux cent mille hommes divisés en cent cinquante-cinq régimens, cantonnés avec trois cents canons légers, dans des quartiers permanens; un corps d’ingénieurs, et surtout d’artilleurs redoutables ; quatorze mille canons répartis en un grand dépôt central , dans des forteresses, et en trois dépôts de guerre à portée des trois gi’ands ' ennemis nationaux, les Turcs, les Polonais, les Suédois. D’autre part, de ce reste de bateau à voile étaient sortis trente vaisseaux de ligne, un nombre proportionné de frégates et autres bâtimens de guerre, enlin deux cents galeres a rames etu voiles, et une foule de matelots expérimentés.
Mais avec fpjel trésor Pierre a-t-il entrepris la transformation physique et morale d’un si grand empire? Voici une terre métamorphosée : des villes
■ Manstciii.
dp pcnt mille Ames, des ports, des canaux, des étal)li.ssemeiis de toute espèce créés ; plusieurs milliers d’habiles Européens attirés , entretenus , récompensés; plusieurs flottes construites, d’autres achetées ; une armée permanente de cent vingt mille hommes dressée , équipée, pourvue de toutes armes , de toute espèce de munitions , et plusieui’s fois renouvelée ; des subsides d’hommes et d’argent donnés à la Pologne ; enfin , (piatre gueiTes entreprises. L’une d’elles couvre la moitié de l’Europe ; elle embrase le Nord et le Sud , la teire et la mer ; et quand elle a dm’é vingt et un ans , le trésor qui l’a alimentée se trouve encore plein. Et Pierre, dont le- revenu n’était, à son avènement, que de quèlques millions de francs, déclai'e à Munnich ; Qu’il aurait pu la soutenir vingt et un ans encore ^ sans contracter de dettes.
Poiu' explicpier ce phénomène , l’ordre et l’économie suffu’Ont-. ils? Admirons- les , sans doute, datis ce grand homme , ([ui se refuse toute supci»llnité , en même temps qu’il n’épargne rien pour la gloire, l’utilité et l’ornement de son empire. Rendorts justice à ses elforts, quand , après avoir arrache les impôts indirects à ces grands à la fois administrateurs civils, militaires et financiers, et à ceux auxquels ces boyards vendaient en détail les perceptions, il les donne, à l’imitation de la Hollande, il des chambres de finances, composées de marchands choisis.
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