‹ Histoire de Russie et de PierreleGrand, par m. le général comte de Ségur, auteur de l'Histoire de Napoléon et de La Grande Armée, pendant l'année 1812Chapitre 217 sur 332 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

C’est donc, surtout, au génie du despotisme misse qu’il faut demander compte des moyens qui l’ont conduit h de si grands résultats ; mais , cpielie qu’ait été son effrayante candeur, est- ce lui qui nous montrera son armée se recratant d’hommes que les villages envoyaient liés deux à deux , et à leurs frais? Soldats à un sou par jour, payable seulement tous les quatre mois’, et le plus souvent marchant sans solde ; esclaves ([u’il suflisait de nourrir, se contentant de quehpies poignées tle seigle ou d’avoine eu gmiau ou en pain recuit *| malheureux qu’on obligeait de vaincre, en d^it des fautes de leurs généraux , et sous peine d’étre décimés. ’ » ^

Ce despotisme conviendra-t-il encore, qu’en ue donnant rien à t^s serfr, enrégimentés pour leur vie, il en exigeait tout ; qu’après vingt et un ans de guerre, il les forçait à creuser des canaux, comme de malhem’eux corvéables? Car ii/aut qu’ils servent la patrie, disait Pieri'e, soit en la déjendanl, soit en l’enrichissant; c’est leur destination.

■ Hanstein.

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LIVRE IX. — CHAPITRE VII. 4©3 Cet autocrate se glorifiera-t-il, surtout, de la richesse constante d’un trésor rpi tenait si mal ses engagemens, que la plupart des étrangers à sa solde cherchaient à se retirer?

Que répondra-t-il à ce gémissement soiu'd et prolongé, qui semble s’élever encore de charpie maison de Taganrock, de Pétersbourg et de ses forts, bâtis par corvées, peuplés par réquisitions? C’est pour les construire que les habitans des villages sont allés se relever par moitié , de six mois en six mois , et que les plus faibles et les plus industrieux n’ont jamais revu leurs foyers.

Ces malheureux, de rjuelrpie métier rpi’ils fiis.sent, ont été arrachés sans aucune considération à leurs familles, à leurs charrues, h lem-s ateliers, à leurs comptoirs, depuis le terrassier jusqu’à l’horloger et à l’orfèvre. Ils se sont rendus à (îe long supplice à leurs frais; ils ont travaillé .sans paie. On a forcé les uns de combler des marais , et d’y élever des maisons; les autres, d’y venir subitement établir leur commerce ; et tous ces infortunés , les «ms surchargés de travaux, les autres tout dépaysés, ont été si mal nourris et abrités , ou établis dans un air si infect , cpi au dire des Russes d’alors, cent^ mille se sont engouttrés dans ces abîmes.

Écoutez les plaintes des seigneurs et des négooians les phis rieh*a : après avoir exigé d’eux le clou de cent vai-sseaux , on Ic-s a forcés <le se rèuuir dans ces fanges pour s'y. faire construire des mair

sons de pierres ; ils sont encore contraints d’y venir vivre bien plus chèrement fpie dans leurs demeures. Et cpiand le clergé aura protesté à son tour contre ces impôts excessifs mis sur ses popes , sauf h eux à se dédommager sur leurs ouailles, qui s’étonnera de la possibilité de tant de créations, et de la plénitude d’un trésor qui s’ouvre tant pour recevoir, et si peu pour s’actpiitter?

Service personnel, impôt en nature, impôt en argent, telles furent les trois grandes sources de la puis.sance de Pierre-le-Grand. On vient d’apprécier l’emploi de la première. Quant à l’impôt en nature et en argent, comment les cris isolés de tant d’esclaves contribuables si di.sséminés, eussent-ils percé jus(|n’à ce siècle, .si l’excès d’un malheur simultané , universel , ne les eût réunis en une seule et vaste clameur, plus forte que le temps et l’espace? C’est elle cjui nous a redit les noms de cette foule de taxes imposées sm- tout , et à toute occasion , pour la gueiTC, l’amirauté, les recrues, les chevaux employés aux travaux publics, les fovirs à briques , à chaux , pour les constructions de Pétersbourg , pour la poste , pour les bureaux , pour les dépenses extraordinaires, pour les contributions en nature, pour les réquisitions d’hommes et pour leur entretien, enfin pour les appointemens des employés; et tant d’autres sur les moulins, les étangs, les bains, les ruches, les prés, les jarditis ; et , dans les villes , sur chaque toise carrée de teiTC

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