‹ Histoire de Russie et de PierreleGrand, par m. le général comte de Ségur, auteur de l'Histoire de Napoléon et de La Grande Armée, pendant l'année 1812Chapitre 225 sur 332 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Qu’il soit donc peimis à Tbistoirc, de ne point s’étonner de la gi’ossièreté de mœui’s de l’un de ses' plus gi’ands personnages.

Au reste, cpiclque pénible qu’il soit de passer ' de l’amour k la Laine , c’est l’une des conditions de

l’historien d’avoir k admirer et îi haù’ tour à tour, dans un même homme. Eh ! pourtpioi s’étonnerait-^ on plus de le voir exciter, tantôt notre enthousiasme et tantôt notre indignation , que de le savoir composé de coi-ps et d’âme ; c’est-k-dire , de vie et de mort, d’éternité et de con-uption.

Croit-on, jwrce que l’historien s’est plu k se livrer k l’un de ces sentimcns, qu’il ne saui’a plus parler le langage de l’autre?

Ou a trop long-temps cru la froideur seule impartiale : grâces au ciel , bien loin de défendre l’admii-ation, l’histoire des hommes l’inspire <[uclquefois; dès-loi's, pourquoi voudrait-on étouUèr ses accens d’enthousiasme ? C’est la vérité cpi’on lui demande , et quand cette vérité est de feu , est-c«> donc avec la glace d’une froide impassibilité fpr’bn en fera sentir les flammes? Non! puisqu’elle doit tout peindre, toutes les couleurs lui sout'^iétfes'r ^

saires ; puisqu’elle doit tout dire , tous les langages lui conyiennent; celui de l’enthousiasme comme celui de l’indignation. C’est alors qu’elle remplira son objet, celui de décrire, de peindre, non la vérité morte , mais la vérité toute vivante , toute colorée , avec ses passions , ses fougues , ses nudités révoltantes ou enchanteresses ; et toutes les impressions fpj’elle dût donner à ceux de ses contemporains, dont les yeux furent clairvoyans , les esprits , droits et les cœurs purs.

Laissons donc les contemporains de Pierre- le- Grand , élever lem* cri d’amour ou de haine ; que l’histoire les recueille tous deux, et que la postérité décide. Un homme , despote par droit de naissance, se levant tout à coup seul au milieu des ténèbres , aperçoit la lumière ! Il y marche , il y traîne des peuples entiei-s, poussant comme le sort, au travers de leurs cris d’admiration ou de douleur, vers ce but , que lui seul aperçoit , et dont rien ne le détourne ! ^

Écoutons ces deux grandes clameurs qui traverseront les siècles : l’une, barbare, mais plaintive, • ne devrait pas sans doute l’accuser de cette triple et brutale ivresse de vin , de colère et de pouvoir , résultat de ces moein-s grossières dont elle réclamait la durée. Cependant elle lui repi'oche cette tyran- , nie qui Ijouleverse , tpii viole les usages , les coutumes les plus invétérées, et contraint tout à coup à en adopter de nouvelles; cette prodigalité des

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