‹ Histoire de Russie et de PierreleGrand, par m. le général comte de Ségur, auteur de l'Histoire de Napoléon et de La Grande Armée, pendant l'année 1812Chapitre 226 sur 332 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

sueurs et de la vie de ses sujets. A l’entendre', ses vertus mêmes , il les a poussées jusqu’au vice, par l’excès : la justice en lui devient cniauté. Qu’on se l’appelle l’hésitation du sénat, tpiand il s’agissait de condamner à mort, pour exactions, le voiévode de Kargapol, et ce cri féroce du Tzar : « Eh bien ! H j’ordonne , moi , qu’il soit écartelé , et que ses « membres , coupés par morceaux , soient distri- M bues à tous les voiévodes, pour leui- apprendre à « être justes , et à ne point ôter le pain et la vie à « mes pauvres sujets, qui ne peuvent se garantir U de leur oppression. »

Et ici, le cri accusateur cite encore le supplice horrible de Talitskoï.'Ce fanatique imprimeur, se croyant inspiré, a osé répandre <( que le Tzar, par H sa naissance et ses actions, était l’Ante-Christ ». Puis il a fui jusqu’en Sibérie , mais vainement. On l’a ramené devant son maitre. Il semble à celui-ci que pour un tel délit contre son pouvoir et la civilisation , tous les supplices soient usés ou insuOisans : il en imagine un nouveau. On assure que, par ses ordres , dans son propre palais , qu’à ses yeux mêmt;, une flamme alimentée par des liqueurs corroHves fut allumée , et que l’infortuné Talitskoï a été attaché au-dessus , jusqu’à ce cp.ie ses chairs fussent peu à peu corrodées , ses muscles racornis, et que scs restes encore vivans, tombant

' if'. Leclerc, le Voyof’eur de treite ein.t. — Manstein.

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enfin dans celte flamme infernale , en eussent été dévorés.

Qu’un tel récit ait été envenimé par la haine , il faut le désirer : mais les ennemis du régénérateiu* y ajoutent sa dureté trop certaine envers sa première femme ; le massacre affreux et avéré des strélitz ; le supplice injiiste et atroce de Glebof , celui de Moens, et tant d’autres traits de féi-ocité.

A cette lei rible accusation , l’autre acclamation , composée de voix indigènes et étrangères , répond , que toutes ces imputations sont vraies , mais que c’est aux circonstance» à leur donner leur valeur. Elle convient de la brutalité de ses violences, qu’explit|uenl assez ces nécessités de position, l’opiniâ- Irelé rebelle de ses sujets, et surtout cet entouj’age de bassesse, l’esclavage faisant encore plus la tyrannie , que la tyrannie l’esclavage.

Elle rappelle alors, non pour légitimer ses emjxM'temens , mais pour indiipier l’une de leurs causes , cjue leur violence fut souvent indépendante ^de sa volonté; que, victime de l’ambition d’une ' sœur et des révoltes des strélitz , son enfance avait •-» été empoisonnée par la débauche, et même, selon ' (juelques contemporains, par un attentat plus direct.

Souvent alors, ses plus jeunes perceptions, ses sensations les plus tendres, et le repos de ses nuits, fuient bouleversés par des horreurs subites : on avait vu la révolte le réveiller en sui'saut, le pour-

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