‹ Histoire de Russie et de PierreleGrand, par m. le général comte de Ségur, auteur de l'Histoire de Napoléon et de La Grande Armée, pendant l'année 1812Chapitre 234 sur 332 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Voila , dans cette funeste partie de son immense can ière, quelle fut la persëvërante et terrible marche de Pierre-le-Grand! Ainsi vient de triompher à elle seule, la politicpie ! Maintenant, quel est celui qni, s’appuyant uniquement comme elle, sur cette grande et inflexible raison d’État , le pied sur la victime, osera dire : Ce ne fut point un meurtre, ce fiit un sacrifice ! un acte de nécessité et non de haine! une fatalité de situation! fatalité politicpie, <pii, selon 1 avis du plus grand guerrier et législateur des temps modernes, poiuTait remplacer, dans poëmes, cette fatalité religieuse dont les tragiques anciens ont fait un si grand et si ten'ible usage.

Fatalité toutefois bien dangereuse à interpréter! cpiand le prince, qui se fie à son inspiration , se faisant un dieu de sa politique, se crée des nécessités, auxc^uelles il sacrifie la génération présente et juscpi à son fils ! enfin , lorstpi’il accepte une si effrayante responsabilité, qu’en le jugeant, l’historien , saisi d horreur et d’admiration , ose à peine absoudre, de peur de paraître complicje.

Cependant les mémoires d’alors, écrits, il est vrai j par des étrangers , dont la perte d’Alexis fai-

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sait le salut, ont approuTë. Déjà même 1 écrivain le plus célèbre des temps modernes a sanctionné cet ari’êt fatal . Enfin , ce cpii impose le plus , c’est cette feÎTnc conviction d’un grand homme, qui le conduit graduellement et de conséquences en consécpiences à cet affreux sacrifice, dont lui -même publie hautement les détails , auquel il a voulu que tout son empire assistât , et qu’à son tour le ciel semble avoir récompensé par le succès.

Elle est grande , sans doute , cette effroyable victoire de la politique contre la nature , et 1 on conçoit l’hésitation de l’histoire, quand elle n’envisage (pie cette partie d’une telle catastrophe. Mais à peine fixe-t-elle ses yeux sm’ sa moralité, qu’un

cri d’horreur lui échappe.

Alors tombe à ses yeux, souillée d’inicputé, de perfidie , de férocité , cette politique , à elle seule si périssable, et pourtant si hautaine, si méprisante dans ses triomphes ; enfin , si orgueilleuse de succès dont elle ne doit la durée qu’à cette morale éternelle , (pii , gi'àce au ciel , survit à ses coups d’Éut , et empêche (pi’ils ne passent en principes?

On a >Ti la marche d’abord mesuiée de cette politique colossale, dans les conseils de Pierre à son fils; dans ses remontrances, ses avertissemens et ses menaces répétées ; dans son hésitation à les accomplir ; puis tout à coup, la fuite et le retour du rebelle , son procès et sa condamnation.

C’est entre jcette fuite et cette condamnation

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