CHAPITRE VII
blante, isolée par tant de cotips frappés autour d’elle. Pierre l’entraîne alors des prisons de Moscou dans celles de Pétersbourt».
C’est là surtout cpi’il se tourmente à torturer l’âme de son fils, pour en extorquer jusqu’aux moindres souvenirs d’irritation, d’indocilité ou de rébellion; il les note chatpie jour avec un horrible soin , s’applaudissant de chatpie aveu , ajoutant b;s uns aux autres tous ces soupirs, toutes ces larmes, en dressant un détestable compte; s’efforçant enfin de composer un crime capital de toutes ces velléités, de tous ces regrets auxcpiels il prétend donner un poids dans la balance de sa jiistice.
Puis, quand, à force d’interprétations, il croit avoir fait de rien quelque chose, il se hâte d’appeler l’élite de ses esclaves. Il leur dit sou œuvre maudite; il leur en étale l’iniquité féroce et tyrannifjue avec une naïveté de barbarie, une candeui" de despotisme, qu’aveugle son droit de souverain absolu , comme s’il existait un droit hors de la justice, et qu’éblouit son but, qui, par lx>nhe\ir, mtrouvait grand et utile.
Par là , il espero faire attribuer à la justice le sacrifice qu’il fait à sa politique. 11 veut se justifier aux dépens de sa victime, et faire taire le double cri de sa conscience et de la nature , cjui l’importune.
Après <pie , par cette longue accusation , ce maître absolu croit avoir iia’évocablement con-
damné , il interpelle les siens. « Ils viennent d’en- « tendre , s’est- il écrié, la longue déduction de « crimes presque inouïs dans le monde, dont son t( fils est coupable contre lui , son père et son K souverain. On sait assez que seul il aurait le droit « de le juger; néanmoins, il vient leur demander IC leur secours; car il appréhende la mort éter- <f nelle, d’autant plus qu’il a promis le pardon à (( son fils , et qu’il le lui a juré sur les jugemens
U de Dieu C’est donc à eux à en faire justice ,
(f sans considération pour sa naissance, sans égard (c pour sa personne , afin que la patrie ne soit point « lésée. » 11 est vrai qu’à cet oi'dre clair et temble, il a entremêlé ces mots grossièrement astucieux ; « Qu’on doit prononcer sans le flatter, ni craindre « sa disgrâce, si l’on décide que son fils ne mérite « qu’une punition légère. »
Les esclaves ont compris leur maître : ils voient (pel est l’horrible secours qu’il lem" demande. Aussi , les prêtres consultés n’ont-ils répondu que par des citations de leurs saints livres, choisissant cm nombre égal celles qui condamnent et cîelles cpii pardonnent, sans oser mettre de poids dans la balance , pas même cette foi jurée qu’ils craignent de rappeler.
En même temps, les grands de l’Etat, au nombre de cent vingt-quatre, ont obéi. Ils ont prononce la mort unanimement et sans hésiter : mais leur arrêt les condamne eux -mêmes, bien plus que
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leur victime. On y voit les d(^^oùtans de
cette foule d’esclaves se tourmentant à elBic^. le paijure de leur maître; et comme leur lâche mensonge » s’ajoutant au sien, le fait ressortir davantage!
Pour lui , il achève inflexiblement : rien ne l’arrête; ni le temps qui vient de s sur sa
colère , ni ses remords , ni le repentie vl\in infortuné, ni la faiblesse tremblante, soumise, suppliante ! Enfin , tout ce qui , d’ordinaire , même entre ennemis étrangers, apaise et désarme, est sans effet sur le cœur d’un père pour son fils.
Bien plus , comme il vient d’être son accusateur et son juge, il sera son bourreau : c’est le 7 juillet 1718, le lendemain même du jugement, qu’il va , suivi de tous ses grands , recevoir les dernières larmes de son fils , y mêler les siennes ; et cpiand enfin on le croit attendri, il envoie chercher la forte potion, que lui-même a fait préparer! Impatient, il en hâte l’arrivée par ün* sage ; il la fait présenter devant lui vm
remède salutaire! et ne se retire, profondément, triste, il est vrai, qu’après avoir empoisonné l’infortuné qui implorait encore son pardon. Puis ü attribue la mort de sa victime, expirée quelles heures après dans d’affreuses convulsions', â la frayeui’ dont l’a frappée son arrêt! Il ne couvre toute cette horreur aux yeux des siens, cpie de cette grossière apparence : il la juge suffisante à