‹ Histoire de Russie et de PierreleGrand, par m. le général comte de Ségur, auteur de l'Histoire de Napoléon et de La Grande Armée, pendant l'année 1812Chapitre 237 sur 332 · LIVRE X. — CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE X. — CHAPITRE VII

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forteresse. Là, chaque jour, chaque nuit, un père absolu , violant la foi jurée , tous les sentimens , toutes les lois de la nature , et celles que luimême a données à son empire ' , s’arme contre im fils trop confiant, d’une inquisition politique égale en insidieuse atrocité, à l’impisition religieuse. Il torture l’esprit pusillanime de cet infortuné par toutes les peurs du ciel et de la terre; il le contraint à dénoncer amis, parens, justpi’à sa mère; enfin, à s’accuser, à se rendre indigne de vivre, et à se condamner lui -même à mort sous peine de mort.

Ce long crime dure cinq mois. Il a ses redoublemens. Dans les deux premiers, l’exil et le dépouillement de plusieurs grands , l’exhérédation d’un fils, l’emprisonnement d’une sœur, la réclusion, la flagellation de sa première femme, le supplice d’un beau-frère, ne suffisent point.

Pourtant, dans une même journée, Glelmf, un général russe, amant avéré de la Tzarine répudiée, vient d’être empalé au milieu d’un échafaud dont les têtes d’un évêcpie, d’un bojai-d et de deux dignitaires, roués et décapités, marquent les <piatre coins Cet horrible échafaud est lui-même entoui’é d’un cercle de troncs d’arbres, sur lesquels plus de

■ y. dans son Code ou Concordance des Lois, au chap. VI , les art. I , a, 6 et 8, etc.

’ Bruce.

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cinquante prêtres et autres citoyens ont eu- la tête

tranchée.

Vengeance eflkx>yable contre ceux dont les intrigues et l’obstination superstitieuse, jetaient ce cœur inllexible dans la nécessité de sacrifier son fils à son empire! Punition cent fois plus coupable que la faute ; car, pour tant d’atrocités , quel motif peut être une excuse? Mais il semble que, poussé par cet instinct soupçonneux des gouvernemens . ' contre nature , Pierre se soit obstiné à chercher et

à trouver une conspiration , où il n’existait qu’une inerte opposition de mœurs, cpii espérait et attendait sa mort pour éclater.

Et pourtant cette horrible boucherie a trouvé des flatteurs ! Le vaintpaeur de Pultawa s’en est luimême enorgueilli comme d’une victoire. « Quand (( le feu, a-t-il dit, rencontre la paille, il la eon- « sume; mais s’il rencontre du fer, il faut ([u’il (( s’éteigne. )> Puis, il s’est promené froidement au milieu de ces supplices. On dit même t[ue, poussé par une incpiiète férocité , il est venu justpie sur son échafaud , interroger encore l’agonie de Glebof, et que celui-ci, lui faisant signe d’approcher de son supplice, lui a craché au visage.

Moscou elle-même est prisonnière; en sortii* “ sans son aveu est un crime capital : ses citoyens

ont ordre, sous peine de mort, d’être réciproquement leurs espions et leurs délatctirs.

Cependant , la principale victime est restée trem-

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