CHAPITRE II
Ne croyons donc pas (pie ce génie de l’ensemble n’ait aimé que par masses; (piand tous ces souvenirs de tendres regrets, de pitié généreuse , choisis au milieu de tant d’autres , ne persuaderaient pas , il sudirait de rappeler sa tendresse constante pom- Catherine, et son désespoir ejuand, le a5 avril 1719, ■ il perdit le fils (pi’il tenait d’elle , et le seul qui lui restât.
Ses officiers disent qu’aloi’s , en proie à ces convulsions chez lui si frécpientes, ils virent les muscles de son visage se contracter, et son cou se roidii' et se tordre d’une manière elFrayante. Jus(pie-là , dans ces cTises douloureuses, (£ui duraient (pielcpies heures, la présence et les sons de la voix d’une femme l’avaient calmé; mais, cette fois, il a repoussé des soins importuns. Pendant trois jours et trois nuits, ce colosse, abattu par la douleiu’, est demem'é seul, enfermé, étendu par terre; se cachant au jour, aux regards ; refusant tout secours , repoussant tout aliment , et attendant la fin d’une vie , désormais sans espoir et sans avenir.
El ils se complaisent à rappeler avec quelle résolution leur gi-and sénateur, leur sage , comme ils nomment Dolgorouky, est venu l’arracher à
fil* .
cet abattement. Us racontent comment il lui a reproché, au travers de sa porte, qu’il menace d’enfoncer, cet. abandon de son empire; lui déclarant qu’on lui nommera un successeiu’, le forçant enün d’ouvrir, et de se montrer à tout le sénat , qu’il a amené avec lui , et dont la pi'ésence impré- \Tie, en étonnant le Tzar, interdit sa douleur et fait violence à son désespoir.
Car, de queh[ue emportement qu’ait été capable une flme si ardente, gâtée par l’habitude d’avoir tant et si souvent raison, contre tout un peuple, ce sont pourtant ceux-là même ({u’a si rudement dirigés ce despote (jui le défendent ; ils veulent qu’on admire en lui une foule de traits empreints de modération et de déférence pour la raison et le bon droit, même quand on a résisté sans mesure à son autorité. Leurs écrits en ont consei’vé la mémoire; et ici, c’est avec un douille orgueil de citoyens et de sujets, que ces Russes se plaisent encore à l’approcher le nom de leur Dolgorouky, de celui de leur Tzar.
Ce (ju’ils citent, surtout, c’est la hardiesse de ce sénateur, dans cette année de disette où , par un ukase déjà signé, Pierre allait sacrifier Novgorod à Pétersliourg ; ce magistrat n’a point coopt'ré à cette injustice, il la trouve faite. Mais alors, se saisissant en plein sénat de l’ukase, il en suspend , au risque de sa vie , l’exécution , l’emporte aVec lui, et va dans la prochaine église se