‹ Histoire de Russie et de PierreleGrand, par m. le général comte de Ségur, auteur de l'Histoire de Napoléon et de La Grande Armée, pendant l'année 1812Chapitre 246 sur 332 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

joindre au sacrilice que le prêtre y célébrait en cet instant.

D^à, la nouvelle de cet attentat, qu’enveniment l’envie et la sei’vilité, a volé aux oreilles du Tzar; il accourt au sénat , il y mande sui’-le-champ Dol- ^rouky. Mais celui-ci , sans détourner la tête, sans quitter le ciel pour la terre , répond au messager ; Tentends, et continue sa prière. Un second ordre encore plus impérieux ne l’ébranle pas davantage : Je rends à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu, l’épond-il sans s’émouvoir; et ce n’est (p’api-ès le saint sacrifice qu’il obéit enfin , et s’achemine vers le Tzar.

Dc-jk, celui-ci accourait ; dès qu’il l’aperçoit , il s’élance fuiûeux , le saisit , tire son ép<;e , et tout à la fois : 7m vas périr! lui crie-t-il d’une voix menaçante. Mais Dolgorouky demem e impassible ; et, présentant son cœur : Frappe, rcpond-il fermement, je ne crains pas de mourir pour une cause juste! A ces mots, la main du pi-iiiee s’est abaissée , sa voix s’est adoucie , il a recidé ; et , sui-pris, il s’est écrié : Mais, enfin, qui donc a pu t'inspirer tant de hardiesse? 'J'oi-tnéme, reprend le ministre; n’as-tu pas ordonné qu’on te dise la vérité, dans l'intérêt de tes peuples? Alors, il s’explique; et Pierre, convaincu, le remercie de sa coiuageuse sincérité, en lui denumdant pardon de sou emporlenienl.

Toutefois, il y reloml)e sans cesse; souvent en-

core , ils ont vu l’épée du despote menacer la brusfjue et inébranlable franchise de son ministre ; mais sa main a toujovu’s fléchi sous l’ascendant , pour lui irrésistible, de la raison soutenue par une vertu mâle et patriotique.

C’est ainsi (jue, dans une autre circonstance, demandant compte à l’audacieux sénateur d’un ukase de recrutement qu’il avait encore eu la téanérité de supprimer, sa colère fit place aux humes d’attendrissement et de douleur que lui ai-racha ce vei’^ tueux ministre, en lui peignant « l’épuisement de « la génération présente, (pi’il sacrifiait, comme U lui-mème et sans pitié, aux générations à venir. »

Enfin , à l’occasion de corvées nouvelles et exoi'bitantcs, imposées pom’ les travaux du canal Ladoga , üolgoroulcy, indigné de cet abus de pouvoir, ose déchirer au milieu du sénat l’ordre tjue son maître lui-même a dicté. A ce coup inouï, les sénatcui’s, épouvantés, se lèvent de leurs sièges; ils s’écartent, ils s’éloignent de ce sacrilège, sur qui la foudre va tomber, car le terrible Tzar vient de pai-aître. Mais Dolgorouky demeure; et, sans s’étonner de sa propre audace ni de l’emportement du Tzar, il oppose, aux premiers transports de son maître irrité, la gloire d’un si grand règne qu’il va ternir, le bien de ses sujets, qu’il ne veut sans doute pas ruine}', à l’exemple de Charles XII. Puis , il détaille les motifs de son indignation , «IduI lui-même blâme la violence.

HW .

ar- i.

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