CHAPITRE V
cutioii , (piand , tout à coup , uu bruit alfrenx se répand ; il se confirme : plusieurs centaines de ce» infortunés s’étaient réfugiés dans une église, et là, plutôt que d’abjurer leurs superstitions, ils venaient de mettre le feu à cet asile, et n’avaient laissé à leur persécuteur que leurs cendres. Sacrifice eÜ’royable, mais qui du moins ne fut point inutile. Pierre reconnut son erreur; son intolérance n’était que politupie; elle s’éclaira de ces llammes sanglantes , dont se repaît avec une joie si atroce l’intolérance religieuse.
Cependant, ne pardonnant pas à ces sectaires une opiniâtreté victorieust* de la sienne, il essaie encore contre eux l’arme du ridicule : il vent (ju’un morceau d’étoflb jaune attaché à leur dos j les distingue de ses autres sujets. Mais eux tiennent à honneur cette humiliation; et quand, par des con-, seils odiejux , on tente de ranimer sa colère, « Non , U a-t-irrépondu; j’ai su cpie leurs mœurs étaient « pures : ce sont les marchands les plus probes de « l’empire, et ni l’honneur ni le bien du pays ne « permettent de les faire martyriser pour leura « eiTeurs. D’aillem-s, ce qu’une distinction humi- <( liante et la raison n’ont pu faire , des supplices « ne le feraient pas; cpi’ils vivent donc en paix. »
Paroles rcmarcpiables, et dignes de l’élève de la Hollande et de l’Angleterre, d’un prince dont la superstition fut la plus opiniàti-e ennemie. En elfet, croyant, et non crédule, tandis <pi’à genoux
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sui' le champ même de ses victoires , il ne croit devoir (ju’à Dieu seul le prix de tant de travaux, il sait séparer la cause du ciel de celle des prêti es; il les veut citoyens. Ou l'a vu les soumettre aux mêmes charges que ses autres sujets; et parce tpie les moines y échappent, en tlimmuer l’espèce.
Toutefois, sa tolérance ne s’étend pas justpi’aux jésuites , {[u’il hait comme rivaux de despotisme. Mais eu même temps qu’il les chasse de son empire, et que ses ukases punissent sévèrement les impiétés et jusqu’aux distractions pendant le service divin, il tolère les autres cultes; il ne craint pas d’assister à leurs exercices, et dtyoue les fourberies superstitieuses de s<^s popes, <jui tous, par un détestable instinct, cherchent à éteindre les lumières, et à fenuer toutes les issues par où il vent les faire jxînéti'er.
C’est pourquoi ils ont pris en horreur. Pélci’sbourg. Dans leur langage , cette^ ville encore a demi (Xtnslruite, et par oii la Russie aspire <léjà la civilisation européenne, est une bouche de l’enfer. Ce sont eux qui en ont fait promettre la destruction au malheureux Alexis. Plusieurs fois même, leurs prophéties ont prédit l’é|XK|ue où la colère du ciel la l’cnvci’sei’a. Alors, les travaux ont été suspendus, et cette peur l’emportant sur une autre peur, les ortlrcs du terrible Tzar ont presque été méconnus.
Depuis quelques joiu’s surtout, ces pi-êti-es menteurs ont redoublé ; ils monln;nt une de leurs
saintes imagos, dont les larnn;s eotilent niiraculeuseinenl : elle pleun^ snr le, sort des habitans de cette cité nouvelle. «Son heure, approche, disent-ils, et « tous vont être, ainsi (pi’elle, engloutis dans une « épouvantable inondation! » A la nouvelle du miracle <le ces larmes, de leur peHlde interprétation, et de l’émotion qu’elle inspiro, PieiTe est forcé d’accourir. ün l’a vu, aumilieude ce peuple glacé d’cllroi et de sa cour interdite, .se saisir, sans hésiter, de cette image miraculeuse, la considérer attentivement, en découvrir le mécani.sme, et dessiller les
^eux de cette multitude, que stiqjéliait une sainte horreur, en lui montrant , dans ceux de l’idole, l’huile hgée, <jue la llamme des cierges li(juéliait intérieurement, et fai.sait coulei- goutte à goutte par des fentes adroitement pralitpiées.
Plus tard, il fait plus; l’horrible supplice que ces prêtres ont fait subir, à un jcunei Russe , le déter-
mine. Ce malhem-eux avait rapporté d’Allemagne des connaissances précieuses en médecine, et y avait laissé quehpies préjugés' superstitieux. C’est pourquoi les prêtres épient tous scs mouvemens ; enlin, ils saisissent au passage quelcpies paroles lé- . gères œntre leurs saintes images. Aussitôt, ils s’emparent du jeune Russe régénéré, ils le jugent impitoyablement, et avec une joie féroce, ils détmiseut ce germe de civilisation par la torture , le ft;r et le feu.
Mais ce mal particulier produit un bien géné-
l'ai; Pierre indigné, relire à ce clergé son droit de vie et de mort. Les prêtres perdent leur juridiction (pi’ils disaient tenir depuis sept siècles , de Vladiinir-le-Grand, et cet exécrable abus de leur pouvoir en détruit h jamais la source.
Bientôt, il remplacera l’hetman des cosacpies par un tribunal , et le patriarchat par un synode , voulant qu’il n’y ait d’unité que dans le pouvoir suprême , divisant, pour ailàiblir ; plus sûr de la soumission d’un conseil que de celle d’un homme ; sachant , qu’en fait de .servitude , les assemblées osent davantage, les faibles et les flatteurs étant partout en majorité, et d’ailleurs ces êtres collectifs rougissant moins d’une responsabilité partagée.
Cependant, vers 1732, et malgi’é Phéophane, président du synode, et cpi’on pourrait appéler son ministre du 'culte , ce synode ose encore redemander un patriai'chè. Mais Pierre , transpoftl^ d’une fureur soudaine, et se, levant bmsrpicment :
, « / oilà », s’est-il éci'ié en fj’appant violemtnent sa
poiti'ine.de ,sa.main , et la table de son -coutelas -, voilà votre , patriarche ! puis il est sorti brusf|UOment en lançant un regard farouche sur les prélats interdits.
11 n’avait garde de iiétrograder par utie faiblesse dans ce, chemin , où quatre ans plus, tôt , un par- * ricide ne l’avait point arrêté. On dit même pi’a-»
lors il SP vanta de cette persévérance. VÎAjiiis XlVy