‹ Histoire de Russie et de PierreleGrand, par m. le général comte de Ségur, auteur de l'Histoire de Napoléon et de La Grande Armée, pendant l'année 1812Chapitre 264 sur 332 · CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil

PtERRE-LE-GRAND vieiit de déclarer (jiie rannée russe , depuis son origine jusqu’au dix-septième siècle, avait à peine fait quelques progrès dans l’art de la guerre. Il faut l’en croire. Quel autre regard eût pu embrasser tant de siècles! Placé entre les deux âges de son peuple , tpiel autre que oe réformateur, en (pii se réunissent la fin de la barbai-ie et le commencement de la civilisation russe, pouvait mieux apercevoir, au travers de la poussière des chroni(|ues nationales, recueillies par ses soins, la marche progressive ou rétrograde des armées des Rurick et des Romanof, par rapport à leur perfectionnement ?

Suivons le fondateur dans cette immense revue. Et d’abord, en cpioi l’armée de Swiatoslaf, ces terribles Varègues , ces concpiérans de la Russie , ces gardes des premiers des Rurick , réunion hiérarclii(pie de boyards ou guerriers illustres , d’enfans Ixiyards d’élite, de pages d’armes et de porteglaives, durent-ils lui paraître infériems aux armées de ses derniers ancêtres ? A ces élémens des premières armées i-usses, s’ajoutait, il (^st vrai, une foule de volontaires à pied et à cheval , altii-és par l’amoin’ de la gloire, la soif du pillage, et par

la voix des chefs : mais, de cette foule organisée par milliers, centaines et dizaines d’hommes, ou des régimens provinciaux et si indisciplinés d’Alexis, à qm donner la préférence ?

Quant aux moeurs guerrières de ces deux âges , comment le compiérant du dix -huitième siècle n’aurait-il pas exclusivement admiré celles de ces armées du dixième siècle, dont l’élite était Scandinave? Combien il dut se plaire à remarquer leurs jeux militaires, leur marche en bataillons serrés, leiu’s manœuvres régulières , et ces camps si bien retranches, et cet usage singulier d’enregistrer, dès la fin des combats , les noms des braves et des lâches! Enfin, cette fierté superstitieuse et sauvage qui portait ces guei'riers, près de succomber, à se tuer eux-mêmes, pour n’étre esclaves de leurs vainqueurs ni dans ce monde-ci, ni dans l’autre.

L’introduction de la poudre en Russie datant de 1589, les armes d’alors étaient inférieures, sans doute, à celles des Iwan. Pourtant ce furent pour les riches des armures complètes , telles que celles de nos chevaliers; fpiant aux autres, c’était tout ce cpii se trouvait sous leurs mains, juscp’à des massues de bois , comme , au reste , on en voyait encore dans le commencement du dix-septième siècle.

Mais, bientôt le rcgaixl du réformateur dut se pei’dre dans une t;onfusion elfroyablc : le dixième siècle finit, et, dès-lors, commencent les guerres

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