‹ Histoire de Russie et de PierreleGrand, par m. le général comte de Ségur, auteur de l'Histoire de Napoléon et de La Grande Armée, pendant l'année 1812Chapitre 272 sur 332 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

donner sa première audience à l’ambassadeur d’Autriche, dès cinq heures du matin, et au milieu du désordre et des arrangemens de son cabinet d’histoire naturelle. Quant au ministre 'de Prusse, il , n’a pu joindre le Tzar, avec ses lettres de créance, qu’à bord d’un vaisseau, et même sur le hunier du grand mât, où cet empereur travaillait à la manœuvre ; il est vrai , pourtant, que Pierre n’obligeih pas ce ministx'C à s’élever juscpi’à lui , l’envoyé prussien ayant allégué son défaut d’habitude pour décliner cette réception aérienne.

En effet, ce n’était pas sans danger qu’on était admis à l’honneur de partager ses occupations, et même ses jeux. Souvent ils consistaient à affronter les tempêtes; et lorsqu’autour de lui toutes les têtes , excepté celle de sa Catherine , étaient perdues, il prenait le gouvernail, et d’un œil sûr, d’une main ferme, d’une voix tranquille, il repoussait le danger, et ramenait à la vie l’équipage , (pie déjà la mort semblait avoir saisi.

On sait pourtant qu’il était né avec une horreur pom’ l’eau que tout autre eût crue invincible ; mais il l’avait surmontée par l’habitude , son génie s’étant servi de cette seconde nature pour dompter en lui la première.

Et cpii de nous, surtout , oserait affirmer qu’une si grande assurance ne tint pas aussi, comme le crurent ses contempoi'ains ', à une cause mysté-

' P^. FontenelJe.

.5o6 livre Xll. — CHAPITRE 1.

rieuse? Eu 1714, au fort d’une horrible tempête, (pand il sauva sa flotte, comme César son armée, en confiant à une barque toute sa fortune , ne répondit-il pas aux siens , alarmés d’une si gi-ande témérité : Que le tzar Pierre ne pouvait se no^er; quun souverain russe ne périrait jamais dans l’eau. Enfin, ajouta-t-il , vous autres Russes, vous ne croyez point à la prédestination! Comme si lui seul , si calme au milieu de tant d’hommes qui le jugeaient pei'du , eût été dans lef secret du destin : soit puissance d’instinct chez ces hommes singuliers, car tous ont cru à leurs pressentimens , ou qu’en effet, instrumens choisis par le ciel, ils en soient plus près que les autres hommes.

-or.

DigitUaclé.

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