‹ Histoire de Russie et de PierreleGrand, par m. le général comte de Ségur, auteur de l'Histoire de Napoléon et de La Grande Armée, pendant l'année 1812Chapitre 273 sur 332 · CHAPITRE U · texte numérisé non relu

CHAPITRE U

Mais dans une âme si ardente, et livr«^e à Unis les enivreraens, comliien les premiers mouveraens durent être terribles ! On en a vu tpiekpies exemples : ses médecins qu’alors il envoyait aux victimes^,, de ses violences , les soins qu’il leur rendait luimême, son repentir, surtout quand ses emporte-.*^ mens étaient nés de l’erreur ou de l’ivresse, ne suffirent pas toujours. Ils furent inutiles a un ai'chitecte français injustement frappé par lui , et qui*, ne put survivre à cet affront.

Et pourtant, dans la vie habituelle de ce maître si fougueux , on s’étonna de sa complaisante patience pour tous les projets formés dans un but utile. On sait avec quelle attention il en faisait faire sous ses» yeux l’expérience; avec tpielle bonté il en récompcri- ^ sait les auteurs, souvent même lorsqu’ils s’étaient, trompés. Il voulait, disait-il, les encourager dans- ,> la recherche du mieux, et s’efforçait de les y diri— . ger, eu leur démontrant avec une douce bienveillance les causes de leur erreur.

C’était avec une suite pareille, si ce n’est avec, la même douceur , <pic , chez, ses filles , ou dans les palais du fastueux Mentzikuf, il mettait en vigueur, par l’exemple, son réglement de société.

Singulier code , par lequel il rétablit sui* des bases nouvelles, la société, qu’avaient dissoute les tyrans de la première race.

Dans ces réunions, où la vérité frappait souvent son oreille sans l’iiTiter, il s’indignait surtout contre « cette perfide médisance, ressource des esprits vides, et de ces coupables amours-propres qui veulent briller à tout prix; vil talent de ces flatteurs de , cour , plus détestables encore. On raconte même . qu’un jour, l’un des siens, se livrant à ce vice honteux , il l’inteiTompit par ces mots d’une simple ’ et antique beauté : Eh quoi! n’as~tu donc pas remarqué dans cet homme dont tu médis, quelque i^chose de bien, et ne saurais-tu nous en entreterdr? ' * C’était encore ce même chef, si entier, si absolu, et dont le code militaire fut si terrible, qm se • montrait, hors du commandement, l’égal de ses moindi-es soldats. Il acceptait leurs invitations comme celles des plus grands seigneurs de sa cour, • ne rebutant personne, tenant, a dit sa fille, tous *les enfans qu’on voulait. Là , sans éprouver, sans inspirer de gêne, assis à leui’S pauvres festins, il paraissait plus content rpi’aux fêtes les plus brillantes : puis, selon les propres paroles de l’impératrice Elisabeth, un baiser à l’accouchée, et un ' ducat sous son chevet, c’était tout, et l’on était content.

Un souverain de moeurs si populaires n’était plus un de ces dieux terrestres, comme les histo-

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