‹ Histoire de Russie et de PierreleGrand, par m. le général comte de Ségur, auteur de l'Histoire de Napoléon et de La Grande Armée, pendant l'année 1812Chapitre 286 sur 332 · ÉDIT · texte numérisé non relu

ÉDIT

53o LIVRE- XII.

gei’jil se décide tout à coup, s’einlKirque luL-méme; et, ne pouvant atteindre l’écueil avec son esquif, il se jette dans la mer, gagne la chaloupe eugi avée, et sauve ces infortunés, qu’il ramène au rivage, où il leur fait prodiguer les plus tendres soins.

Mais' c’est au milieu de cette même nuit, et pendant cpie Pierre -le -Grand se livre au plaisir .d’une bell<! action, (pie son mal reparaît; une li^re aivlente lui brûle le sang; la djsurie et toutes ses anciennes soulfranees se rfîssaisissent des plus sensibles parties de son coi-ps. On le rapporte à Pétersbourg. Là, vivant toujours pour sa patrie plus (jue pour lui-même , pendant que ses médecins, effrayés, pi-évoient une bon’ible inflammation et st;s mortels résultats , il ne suspend point ses travaux ; son âme , plus forte tpie tant de poignantes douleurs, veille toujours sur son empire; * et quand il ne semble plus tenir à cette terre que par des maux, près de (piitter ce monde, il tente eneoi’e d’en donner un nouveau à la Russie.

C’est alors (pie Behring a reçu de sa propre main, ces secondes instructions (pii doivent étemb-e jus- ’ qu’à l’Amériipie cet empire des Russes, que leur -^ Tzar n’a c(;ssé d’agrandir, bien plus par les cou-. ■. quêtes du commerce et des arts (|ue par celles de*la gneiTC. Penihint deux mois encore, une.foufe ' d’autres instructions et de réglemens attestent sa (ronstante sollicitude pour le bien-être de ses peuples. Il fait plus : ce ri'gne par ordonnances, et de

son esprit seul , ne lui suflit pas ; il veut y joindre encore l’exécution, voir par lui-même. Il ne s’arrêtera cjue pour mourir; et cette abnégation de sa personne , sans qu’il y songe , est sa meilleimp excuse pour avoir si peu épargné, les autres.

C’est pourquoi, le 17 janvier lyaS, jom- de la bénédiction de l’eau, il brave l’âpreté du climat, celle de la maladie ; et , pour la dernière fois , commandant par l’exemple, il veut donner celui d’une piété qu’il sait pourtant distinguer de cette super» stition, (pii fut sa plus pernicieuse et redoutable ennemie.

Mais, dès le lendemain, soit ellèt de cet excès de piété * , soit (pi’il y ait joint (juelcpie autre excès ’ , sa poitrine s’engage, un feu de plus en plus dévorant déchire ses entrailles, une opiniâtre et poignante ischurie le torture. Il veut encore lutter contre son mal, et se r(xb’esser contre la douleur, dernier monstre que cet Hercule mourant cherchait encore à dompter ; mais elle triomphe, et'H retombe sans espoii- sur son lit de mort.

Le palais s’alarme; des com-riers partent pour Leydc et Berlin , afin d’en rapporter un avis salutaire. Tous les médecins de Pétei-sbourg sont appehw autour de c(;tté côuche où giseiit tant de souvenirs, tant d’espérance de gloire et de prospérités nationales. Là , pendant dix jours, au milieu

' Selon Stoehlin, etc.

’ Selon (les Mémoires inédits, et d'autres écrits dtijk publiés.

des terribles moyens qu’on emploie pour le soulager, et qui , diton , l’achevèrent , tantôt il remplit le palais des cris que lui arrachent ses souffi-ances , lanlôl s’indignant de cette faiblesse involontaire, il s’écrie, quon voit bien en lui que Vhonune nest qu'un misérable animal 1

Enfin, le 26 janvier, il se résigne; il invoque le ciel à haute voix, il reçoit les derniers secours de la religion; et soit humilité chrétienne, soit remords de mourant , ou bien encore soumission à un usage antitpie, particulier à la Russie, il fait payer ses dettes et rehâcher les prisonniers. Dieu , J’ose l’espérer, disait - il en même temps , jettera sur moi un regard de clémence pour tout le bien que j’ai fait à moji pays !

Alors, mourant encore mille fois pendant deux ^ jours entiers , mais avec la même ardeur de civi- ■"lisalion et la même fermeté avec lacpielle il a vécu, dans les courts intervalles que la dpuleur ‘lui, . hiissc, il recommande à Catherine son. académie des sciences , et d’y appeler les savans de l’Europe. Il lui désigne Osteimann par ces mots : La Russie ne peut se passer de hli; il est le seul qui connaisse ses véritables intérêts. Puis, il règle le temps pendant lequel 'on va porter spu deuil. . • .

Il veut enfin écrire ses dernières volo'nfés ; mais le calme trompeur d’une mort partielle , qui remplace successivement scs douleurs , l’a abusé sur les. forcés qui lui restent. Sa main tremblante.

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