CHAPITRE VI. SS'j
et noble direction, et d’y entraîner après elle le reste de son empire.
Toutefois, en s’arrachant à cette épaisse et opiniâtre barbarie, il en en traîne des lambeaux; mais ils souillent, sans l’éclipser, la gloire dont il est revêtu.
Arrêtons-nous enfin. Eh ! comment ne pas demeurer saisi d’admiration devant ce vaste siècle (pii contint un Louis-le-Grand , avec sou glorieux cortège d’orateurs divins , de poètes sublimes et de grands capitaines I (pii nous a montré ce guen ier hollandais si souvent renversé , et chaipie fois (pi’il touchait à terre se relevant plus redoutable ! où l’on vénère ce généreux Sobiesky, sauveur de l’Empire, le dernier des héros croisés, et le plus grand peutêtre ! où l’on a vu la piété fraternelle de l’un de scs ■ fils, refuser le trône pour le conserver à son frère ! la reconnaissance d’un Leczinski sm'vivre au bieufait et sauver le bienfaiteur 1 Siècle sublime î d’ôù l’immortel génie de Newton éclaire tous les siècles à venir ! Enfin (pii , loin d’être épuisé par l’enfantement de tant de grands hommes , se termine par les deux plus extraordinaires de. tous.
Ne semble-t-il pas avoir créé ces deux colosses à la fois , et à portée l’un de l’autre , comme jjouiles mettre aux prises , et pour clorre cette grande époque par l’un des plus grands spectacles que le temps ait présentés au monde.
L’un est ce Charles XII, (ie dernier i-cjeton hé-
538 LIVBE^ll.'—'eHAPITRE VI.
roïffue d’une famille de héros; à la fois’ tout plein de mouvemeut et d’inflexibilité*! conquérant sans ambition de contpiêtes ! aimant la gloire pour elle seule , de ce pur amour juscpiolà si invraisemldable , et lui sacrifiant tout ! L’autre est ce fondateur, ce ‘régénérateur des Russes, ce géant du Nord, dont l’âme fut si vaste , qu’elle seule suffit à une grande nation tout entière. '
. C’est en lui que se termine ce siècle à jamais mémorable; siècle de merveilles! commencé par un monarque digne de commander à la civilisation , et (pii finit par un Tzar capable de la créer !
Note ( i ) , Page i 5. ' .
Les noms varèpues qui nous sont parvenus sont srandinaves, et Nestor ilit positivement que les Varègues étaient des Russes.
Constantin Porphyrogénète remarque la différence de la langue slavonne à la langue russe.
Les chefs des peuples qui, vers 862, conquirent Novgorod cl Kief, étaient Scandinaves; cela est prouvé par leurs noms. Ces chefs donnèrent à leurs conquêtes , le nom de Russie ( V. Nestor). Ils étaient donc Russes, et les Russes, Scandinaves.
Les Russes qui vinrent , en 83g , avec l’ambassade que l’empereur grec Théophile envoya à Louis , fds de Charlemagne , furent reconnus pour être Normands. Liut]>rand assure que ce fift après un soupçonneux examen. Or les Francs devaient alors se connaître en Normands. Ces Normands se plaignaient des pays et des peuplades ennemies qu’il leur avait fallu traverser pour aller à Byzance. Ils demandèrent à être reconduits «le France par mer, dans leur pays. ;
Ville-IIardouin dit qu’à la prise de Constantinople par Bau- «louin , comte de Flandre , croi.sé, et allié des Vénitiens les Warangiens, ou, selon lui, les Angles ou Danois, repoussèrent les Latins avec leurs haches. Ces Warangiens formaient la garde des empere«irs du Bas-Empire.
D’ailleurs, les anciennes guerre? des Scandinaves avec les Slaves du Nord et les tribus fennitpies sont connues. Les Sué^ dois descendirent dans l’Estonie au cin«|uième si«Yle, et bieu shuvent avant comme aju-ès. Stourlczon cite plusieurs mariages
entre, les princes et les princesses de Suivie et de Finlande. Ces attaques du Nord et ees alliances Gnirent par une conquête. En 984» on voit les Normands maîtres de la Livonie et de l’Estonie , et les Varègues russes , de tout le reste de fa Russie d’Europe.
Rurick ne commenc&-t-il pas sa conquête par Ladoga et Biel-o-Zero? Pourquoi donc croire qu’il vient de la Prusse , comme le dit Lomonosof? Et quand il viendrait du Niémen et de Rugen , comme il l’assure , Praetorius ne dit-il pas qu’Alarick et ses successeurs goths étaient rois des Rugiens? et Procope n’appelle-t-il pas les Rugiens , Goths ?
Oleg impose un tribut sur les Novgorodiens pour entretenir ses Varègues. Igor envoie demander des secours aux Varègues insulaires. Vladimir se retire chez les Varègues, et revient avec eiix.'laroslaf a recours aux Varègues d’au-delà les mers. Ces princes russes étaient donc d’une même origine que ces Va— règues,pour s’aller ainsi jeter dans leurs bras? Or, cette origine insulaire et d’au-delà les mers n’est-elle pas Scandinave?
Karamsin (page 4^ < vol. I") dit aussi que les Varègues étaient Goths ou Normands; qu’il j a eu de temps imnicin^ rial , en Suède , une province nommée Rosslagcn , dont les kahitans étaient ajppelés Rhos ou Rotses , etc. Au reste , le Kurisch-haf, dans la vieille Prusse , s’appelait aussi Rous.sna ; le bras nord du Memel s’appelait Russ, et ce pays Po-Russié; car ces Rhos ou Ross étaient des Suédois qui , selon Karamsin , avaient conquis la Prusse. Une des plus anciennes rues de Novgorod s’appelait la rue de ‘Pnisse. EnGn , vers 1 56o , I-\^an IV, revendiquant la Suède comme le patrimoine de ses aheétres, dit positivement que les Varègues d’Iaroslaf étaient des Suédois!
On sait encore que Sigurd, beau-frqre du roi de Norwége, ç4ait sujet de Vladimir, et avait sa'conGancci que Trygwason., roi de Noi'wçgc , se réfugia en Russie. Tout cela pouvait arrt.
Digiiized by t
ver san« que les Grands-princes russe» , et oe qu*ib appelaient leur cour ou leur garde, fussent Scandinaves. Mais on peut en inférer aussi , qu’une même origine attirait ces princes les uns chez les autres.
Le savant et judicieux Levesque dit que les Russes ne peuvent pas avoir été Slaves. Il ajoute qu’il est seulement possible que les Ouigours , Huns sibériens , se soient répandus jusqu’à la Livonie , et aient été les prenuers Russes ; qu’ainsi les Russes peuvent être descendans des Huns : mais comme tous leurs noms connus étaient goths, il dit qu’alors, avant d’avoir conquis les Slaves , il faudrait qu’ils eussent eux-mêmes été conquis par les Goths ; ce qui est bien moins vraisemblable que l’opinion des laborieux et exacts auteurs allemands, qui donnent aux Russes une origine gothique.
Enfin, quoi qu’il soit de la première origine des Yarègues russes , toujom's est-il vrai qu’au neuvième siècle , leurs alliances , leurs guerres , leurs moeurs , leurs climats et leurs noms , les avaient déjà tant et depuis si long-temps confondus avec les Scandinaves, qu’il est impossible de les en démêler. Et pourquoi croire qu’un peuple si fameux dans le Nord , soit plutôt sorti de ces tribus fenniques , toujours obscures , que de ces Goths conquérons du monde?
Sait-on si le nom russe , pris généralement depuis Rurick , ne vient pas de lui? ou bien plutôt si les Slaves, qui appelaient Russalks leurs demi-dieux des eaux , ne donnèrent pas ce nom aux pirates varègues Scandinaves, bien plus véritablement demi-KÜeux de ces eaux qu’ils écumaient?
Mais veut-on plus de preuves sur l’origine Scandinave des Russes? écoutez une traductipn littérale de Nestor, leur plus ancien annaliste. Dans les années 860, 61 et 6a, les V arègues vinrent de delà les mers, et les Piforgorodiens , etc., leur refusèrent le tribut cont'cnu. Lisez ensuite. Les Noi’gorodicns passèrent lu mer chez les V arègues rouss; car ces y arègues
•3ia • NOTES.
/'dppekûent ^lÀifss y-comme ét autres Swie {Suédois), tf autres Ounfuans-{^drmatuis), iF autres Angles, d’autres Gotks. Ils leur demandèrent des princes , qui -vinrent af>ec toute la nation pet de.ces ,f-^arigues , le pays de Novgorod s’appelle terre tussiênne, • ‘ ^
StraUemberg,- otTicier suédois de Charles XII, assure que, de son temps, les Finois appelaient encore la Suède, Rosslagen , et les Suédois Ruedzalains. Il ne doute pas que les Yarègues russes ne soient sortis de la Scandinavie.
Quant à Lacombe , il ne sait sans doute pas plus que moi , pourquoi il dit qu’un prince nommé Russus donna son nom à la Russie. *
Le Russe Lisakewitz dit positivement (Hist. de Novgorod) c[ue les Yarègues étaient Goths, et s’appelaient Russes; que les Roxçlains étaient des Goths descendus dans le Midi au quatrième siècle , et qu’une province suédoise s’appelait jadis
Rosslagen. * '
Struwe , dans sa Dissertation sur les anciens Russes, ouvTage tare et fort curieux, dit que les plus anciens auteurs
' Il faut dire ici que Malte-Brun combat cette opinion ; il croit les Russes issus ^ei Roxolans, anciens habitans de la Russie centrale. Ces Roxolans étaient connus par leurs guerres contre l’empire romain, en 68, et 370. On les voit, vers le milieu ^u quatrièmo siècle , soumis tantôt aux Huns , et tantôt aux Gotlis , maîtres de ces contre'cs depuis Hermanrik. Ajoutons que Malte-Brun cite Suhm et Snorron contre l’opinion qui place le berceau des Russes en Scandinavie. Toutefois, il ne semble pas <]uc ces autorités soient assez fortes, et le nom de Rnxelanî oancz semblable à celui de Russe, pour détruire la masse de preuves qui résultent de toutes les citations précédentes. Croyons donc toujours que les Yarègues étaient à la' fois et Russes et Scandinaves, en attendant que les Russes d'aujourd’hui ' en dérident eux- mêmes; car on assnre qu’ils s’appliquent à cette recherche avec un zèle, une intelligence, un esprit de critique et une science qui , tous les jours, font des progrès remarquables.
NOTES. ' ' ' . . -54s
kiu-clois (il cite Saxo— le -Danois) parlent de rexislenoc d'an peuple russ dans le premier siècle ; tpie Kiss ou Koss , en . celte , signiiie élévation; d’où il infère que les Riss ou Ross étaient des inonta^ards scandinaviens; que leur paysc^it ^ilqé à l’est du golfe Botbnique ; que de là ils s’étendirent au nonl et au sud du Ladoga, en Estonie, etc., etc. Il trouve chez les. * religieux de Saint-Rertin , eu Flandre , la certitude que le^ Russes envoyés par l’empereur grec Théophile à Loui.s-le- Débonnairc, parlaient la même langue que les Suédois.
Sur soixante-deux noms d’envoyés d’Oleg et d’Igor à Ry- /jtnee , on verra tpic trois seulement sont slaves , et cinquanteneuf évidemment Scandinaves. ' ' .
laro.slaf épouse Indigerge, fdle du roi de Suède, sans doute par reconnaissance des secours qu’il avait reçus des Varègues. . On remarque, de plus, que Harold , frère du roi de Norwége, ' (Hait chef des Varègues, gard(^ d’Ianwlaf; puis ensuite ïllelfnr , fds de Rognwald. C’est eju’on donnait à des Varègues Scandinaves des chefs Scandinaves.
On sait que Liutprand avait appris de son beau-père Vitri- • eus , témoin à Byzance du massacre des Russes de l’année d’Igor, que ces Russes étaiemt de la Scandinavie, et en parlaient la langue. ' '
Codinus dit (jue les Varèguçs de la garde de l’empereur grec lui souhaitaient une longue^ vie en anglais. Voÿez la curieu.se Dissertation de Lerberge sur les doiiblps noms russes ; c’ést-à-dire Scandinaves et slavons des cataractes du Rorysthène. Enfiu , d’Âuville croit au.ssi que c’est de 1a Scandinavie que .sont sortis les Varègues russes.
* JNote (îi), Pagr r.'>.
Voyez Pinkerton, dans son Origine des ilifférrns Etahlissemens scythe.s et goths , r|ui détruit d’un trait de plume tout
m ^ . NOTES*
l’effet dé oc passage célèbre de Jornondès , ex hac igùur Scan- /fia intula , quasi officina genlittm , aux certe veliU vagina ’naiionum, etc., en observant que cet auteur confond les Scythes , les Gètes et les Goths en un seul peuple , et qu’il les (ait tous venir de la Scandinavie.
Il est vrai que Pinkerton substitue à cette erreur l’opinion qu’en effet ces trois peuples sont identiques , mais qu’ils viennent de l’Asie , comme les Sarmates on Slavons : car Pinkerton n’accorde à l’Europe , de population première et réellement indigène , que quelques Celtes ou Cimbres ou Ciraniérieus errans. (Voy. en effet Possidonius, Strabon, Diodore de Sicile, Hérodote.) D’où il résulte, par exemple, que nous autres Francs et Gascons, nous serions originaires d’Asie et d’Afrique, et que les Scythes et les Maures seraient nos véritables aïeux.
Ce que les assertions tranchantes de Pinkerton , et ce tumultueux conflit de nombreuses citations, prouvent surtout, c’est l’impossibilité de se décider raisonnablement pour une opinion quelconque, si ce n’est que les hahitans du nord de la mer Noire, les plus anciennement et historiquement connus, sont les Scythes ; ceux du centre de la Russie d’Europe , les Sarmates ou les Slaves; ceux du nord, les Tchoudes, les Finois ; et qu’enbn , les Varègues Rouss sont issus de la Scandinavie.
Notb (3), Page 444-
■ ' ' ' . ■ ’ ■Traduction littérale dtun passage des Mémoires de Peter
Henry Bruce. (London, 1782, book VI.) .
«... .On s’assura bientôt des complices du prince , parmi lesquels était sa mère , d’abord tzarme , ensuite abbesse du monastère de Souzdal , et son amant , nommé Glebof, qui non seulement avait mené une vie dissolue avec elle , mais encore avait é-té dans la conspiration le principal agent (yitre la ipère
et ton fils le Tzarësritz ; Ie.s lettres qu’ils s’étaient écrites <le part et d’autre furent publiées ; le scandale et la traliison les caractérisaient.
B Le boyard Akmham Lapoukin, frère de la Tzarine, et oncle d’Alexis; Alexandre Kikin, premier coniinissaire de l’ami-* rauté, ci-devant favori dn Tzar; fivique de RostoJ', et Poustinoî, confesseur et trésorier de la Tzarine, furent tous jugés et condamnés; Glebnf empalé vif, et les autres roués. On avait , construit pour ces exécutions un échafaud très élevé devant le palais ; le corps de Glebof empalé fut placé au milieu , et lès têtes des quatre autres aux quatre coins. Un grand nombre de compagnons de débauche Tzaréwitz, parmi lesquels étaient cinquante prêtres et moines, furent en même temps décapités sur des troncs d’arbres di.sposés à cet effet.
« La princesse Marie, soeur du Tzar, et complice d’Alexis, fut enfermée dans un monastère près du lac Ladoga ; la Tzarine lut conduite dans la forteresse de Schlnsselbourg^^M. Bruce prend la destination de l’une de ces princesses pour celle de l’autre); tous les domestiques du Tzarévritz furent arrêtés, " ainsi que sa maltresse Euphrosine, le prince Dolgoroiiky ,; qui > avait agi avec tant d’arrogance vis-à-vis du prince Mentzikof, , et plusieurs autres. Dolgoroukj fut exilé à Kasan ; un des : pages du Tzar et plusieurs religieux furent punis corporellement. Euphrosine eut l’adresse de faire valoir les efforts qu’elle avait faits pour engager le princç à revenir dans l’empire. Elle alla jusqu’à persuader qn’après scs premières couches , elle avait été mariée léghimenient avec le Tzaréwitz par un prêtre grec.... Le Tzar partit ensuite pour se rendre à Pétersbourg, où il arriva le 4 aVril. Le Tzaréwitz, qui arriva deux jours après lui,'fiit enfermé dans la forteresse.,'.!
«'Les exécutions et les punitions en grand nombre <|ui suivirent les recherches que Tou fit à Moscou , firent croire à Itêaucoup de gens que tout était fini ; mais de nouilles <lé-
li* ÉDIT. 35
Digiti — ■ by Googli
couvertes firent connaître que le prince n’uvait point dit a vérité dans la dénonciation de tous les conjurés. Ix: Tzar, voyant croître chaque jour le nombre des auteurs d’une conjuration si compliquée , crut absolument nécessaire de faire au prince son procès dans toutes les formes. Pour cet effet, fl • signifia à toute la noblesse et au clergé , aux principaux officiers des troupes de terre et de mer, aux gouverneurs des provinces , et autres différens ordres , de s’assembler pour interroger et juger le prince, procès commença le a5 juin, et finit an 6 de juillet, où la cour souveraine, d’une voix unanime, porta sentence de mort contre le prince , laissant au Tzar le choix du genre de supplice. Le Tzaréwit^comparut devant la cour; >on lui lut la sentence, et il fut reconduit en prison dans le château.
* « Le jour suivant , Sa Majesté , accompagnée de tous les séna-
teurs et évêques , avec plusieurs autres personnes de marque ,
SC rendit au château, et entra dans l’appartement qui servait ,*'de prison nu Tzaréwitz. Peii tic temps après,, le maréchal .
. • ff^cide sortit, et m’ordonna d" aller chez M. Bear, droguiste, jrfont la boutique -était près , et de lai dire de faire la potion . '.forte (strong potion auait commandée lui-meme, vu que le prince était très mal. En apprenant Vnbjet de mon message,
M. Bear devint pâle-, la frayeur le saisit. Son état de trouble t ‘ me surprit au point que je lui denmndai quel en était le stget; mais il ne put me répondre. Sur ces entrefaites , le maréchal * arrive dans le même désordre que le droguiste, lui disant qu’il aurait dû être plus expéditif, vu que le prince était dans un acçès d’apoplexie. Aussitdt le droguiste lui donna une coupe d’argent avec son couvercle ; le maréchal la porta lui-meme dans l’appartement du prince, chancelant à chaque pas conune un homme pris de boisson. Une demi-henre après , le Tzais avec toute sa suite , se retira avec la contenance la plus triste, Sur-lc-ch.imp , le maréchal m’ordonna de rester dans l’appar—
temcnt (lu prince, et en cas de quelque accident, de l’en infurnier immediatement. J’y trouvai deux médecins et deux chirurgiens de quartier , avec lesquels je dinai de ce qui avait été servi pour le repas du prince ; l’officicr de garde était avec nous. On ne tarda pas à appeler les médecins, pour aller aujjTCS du prince , qui tombait de convuùions en convulsions. Il expira vers les cinq heures après midi. J’allai directement en infonner,le maréchal , qui sortit à l’instant pour en donner avis à Sa Majesté, qui lui ordonna de faire embaumer le corps du prince. Le cadavre fut mis dans un cercueil que l’on couvrit dlun velours noir, sur lequel on étendit un drap richement brodé en or. On le transporta du cbiteau à l’église de la Saintq-Trinité, où il demeura jusqu'à onze heures du soir. Il fut reporté au château, et déposé dans le caseau royal, auprès’ de la tombe de la princesse son épouse .'Le Tzar, avec la Tzarine et les principaux de la noblesse , assistèrent solennellement* à cette cérémonie. On a, varié sur le récit des circonstances de Ib mort du Tzaréwitz. .On répandit dans le public , qu’à la lc<c-; hure qui lui fut faite Qe sa sentence de mort, la frayeur le, fit tomber en apoplexie, et qu’il en mourut. Très peu de personnes (joutèrent- foi à cette mort naUiTcllc -; mais il était dangereux di dire' ce que F on çii pensailt Les ministres de l’Empereur et des États de Hollande furent exilés de la 'cour, pour avoir^ ,.|Sarlé trop librement à cct(c occanon ; mais ils. ne tardèrent pas. Piètre rappelés, elci, élc..» .
, Si l’qn ve.nt se donner la peine de lire ces Mémoires d’un officier attaché' de .près à ki personne de Pierre I", et dont le proche' parciit.fut l’un de* généraux les .pltis utiles à ce réfor*piatcur, on restera.'oonvaincu de la véracité de ce récit. La nb’i've simplicité qui règne dans tout son livre, et l’admiration Constante de cet officier pour le Tzar , ajoutent à la triste conviction que laisse la lectjye du passage ypi’on vient de citer. P,, n, Bnicc fut, cliargé, pen dé' temps aprèi .cette exécutiou dé l’édin-àtib‘n dù’lils de ce maHietrVehx Alexis.
Leclerc, qui était sur les lieux même, témoin de cé'crim^,
^ êhe Bruce dans son Histoire, et ne doute mdlement de^a l’u-
■ neste vééité de son récit-, qu’il donne en entier.
Ce qui est certain, écrit Vohaire, c’est que son Jils mourut dans son lit le .lendemain de l’arrû, et que le Tzar arail à ^Ufoscou une des plus belles apothicaircries de F Europe. '
'Note (4), Page 45o.
' Jtfem. of Peler Henry Bruce (page book III). ’
• .4s prince Mentakof -vras alsp a person- raiscd frnm a,very low degi-cc,^! was^lold tlie following circum.stances of bis lise.
• He was boni of gohllc , but 'very poor parciil.s ; and ibey dying’,
•^è^L hîm very youu|[ wilhout»any cdiiL-alion, insomuoh lhal he
cbiild neilhér rc'ad nor wrife , nor ever did he to the day.of his
ydeath : his poverty obliged' him Jo'seek service in*Moscow,
■ ,whcre be -vras laken into the hoiise of a'paslr3'-cook, whb-em'-
• ^loyed him in crying minced-pies about ^ streets :.and.birviDg a good voice, he also siing ballads'^^whdrcby he was so’gencr-
• .‘ally knowji thaï he luid accéss iiUo-aU the gcntlemen's hoûses.;
■ -The Tzar,‘by imitation , yas fo dine onp day at a’boyard’s’,
^ or lord’s house, andMnvtzikof liappening'to be in the kilchen
‘that day, observed the- lioyard giving directions to his.covk
about dish of tneat hê^saUl the Tiar svas fond of ^ and fcoo^-î
, notice thaï the' boyard himself pqt sônvc kind of powdér'in i), **'»* *^ •
by M'ay of spioe; takjng partlcular notice of what méat thdt dish -was.coroposedj he'took himself, avvay tb sing his'balhids, and kept sauutering ia the ^rcct till the Teur ai-rived j vvhen cxaltiug hià voice, his majestv .look. notice of it^ sent frtr him*,and asked- him if hc-n-ould scll his basket vvilh the pies. -The boy replied, be had povrer only to/sell the. piçs : as for the
' Voltaire,' A.' S. PJêrr<é.J(;‘Or.iiid , •Alitipii -(Je Vol, îfcVll,
page V>- •
Laskel hc must Krst ask his ninstcr’s Icave , but as cvery thing belongcd to bis majesty, he needed only lay lus coinmands upon him. This reply plcascd tbe Tzar so much , tlial Le ordered Alexander to stay and attend liim , ■» hieli lie oheyed with great joy. Mcntzikof waited Itehind tlie Tzar’» chair al dinner, and sèeing the before nientioned dish served up and placod before him , in a whisper begged lus majesty not to eat thereof : the Tzar xrent into another rooin with the Iioy and asked his reasnu for what he liad whispered U> him , when he informed his majesty what he had uliservtxl in the kitchen , and the boyard’s putting in the powder himself, withnut the cook pcrceiving him, niade him suspect that dish in particular : hc thereforc thnught it is duly to put his majesty upon his gnard. The Tzai' retnrned tu table without the least discomposure in his countenanre , and with his usiial chearfulness ; the boyard recommeuded this dish to him, sayiug, it was very good : the Tzar ordered the boyard to sit duwn by him (for it is a custom in Moscow for the master of the house to waif at table wheii he entertains his friends) and putting somc uf it on a plate, desired him to cal and. shew him a good exemple. The boyard, with the iiliuost confusion ,, replled, that it did not hecome the .servant to eat with his master; whereupon the plate was set duwn to a dog, sMo soon dispalched ils conlenls, whieh, in a very short tinie , threw him into convulsions , and soon deprivcd him of life. The dog being opened, the eflect of the poison was. clearly discovered, and the boyard was iminediately sccured; but was fuund uext niuriiiug dead in lus bed, which prevented ail farther discovery.
Note'(5J, Page 533".
Il lot plenré. L’amour dans quelques uns, la rcconnais.saucc en beaucoup d’autres, et dans tous l’admiration , éclatèrent eu regrets. Son Æuveuir restait "empreint dans tout l’enipjrb; et
pourtant l’on doit remarquer, à l’honneur de ses peuples, que tant de nionnmens ne suffirent pas h leur douleur : ils ont recueilli avec un respect religieux tout ce qui se rattachait à sa personne. Si quelque etranger vient les visiter, ils lui montrent encore avec un juste orgueil la représentation de leur grand homme moulée sur son propre corps. Sa tète est couverte de ces mêmes cheveux qu’il s’était fait couper et arranger exprès dans la guerre de Perse. On le voit assis, et vêtu de son habit de cérémonie , le seul qu’il ait eu , celui que lui avait brodé Catherine , et qu’il avait porté au couronnement de cette impératrice. Près de l.à sont conservés avec un soin respectueux le bureau de noyer sur lequel il écrivait debout, et dont la hau— * tcur n’a pu convenir qu’à un homme de plus de six pieds ; un plan de Cronstadt; une foule de manuscrits tracés de la propre main du héros; les dernières chaussures, plusieurs fois rapiécetées, qu’il porta ; son uniforme, percé d’une balle suédoise ; ses annes ; son c.sponton de capitaine ; son cheval de bataille empaillé , le même qu’il avait monté à Pultawa ; sa trop redoutable dubina , gros jonc à pomme d’ivoire ; une barre de fer de cent vingt livres pesant , qu’il avait forgée de ses mains ; le tour dont il se servait ; un lustre d’ivoire auquel il travailla plusieurs années , et dont il voulait foire son chef-d’œuvre de tourneur; sa chienne, qu’il fit empailler, et polïr laquelle il avait eu un attachement pareil à celui qu’on a remarqué depuis tlans le grand Frédéric ; enfin le projet d’une colonne Trajane qu’il voulait tourner de ses propres mains. Le piédestal eût été orné de quatre inscriptions, et la circonférence, de cuivres gravés, qui eussent représenté ses victoires sur les Suédois. Bien plus, la statue de ce grand homme en devait couronner le faîte; de m'ême qu’on vit, un siècle plus tard, à huit cents lieues de là j et sur une semblable colonne , celle de cet autre colosse, qui vint jusque dans Moscou ébranler son empire.