LIVRE XII. — CHAPIT-RE VI
ce qui lui’ en restait à Jui-mème ; la faute en est à son éducation , à son siècle , enfin , à ce qu’il fallait là, une force cpii n’existe guère dans l’homme, sans aller jusqu’à la violence.
C’est dans cette contrée hyperboréenne , où une température glaciale divise la société des hommes , ^ resserrant en lui-même chaque individu; dans ces humides et froides régions d’où toutes les forces, toutes hîs supériorités ne semblent devoir s’élancer, <pie potir aller .au loin conquérir de plus doux climats; c’est là tpie ce despote citoyen , si familier, si accessible , si épris de la vérité : plein de l’orgiied des grandes choses , et d’une sagacité admirable , d’un zèle sans bornes, d’une activité sans repos, s’est dévoué pour transformer en une nature éclairee et productive, cette nature barbare et dévastatrice.
Grâces lui soient rendues, puisqxi’il a changé en' source de lumières, cette source d’ignorance , d’où la barbarie du moyen âge avait découlé par tor-‘ rens , sur la surface de l’Europe , en y englou-' tissant la civilisation des temps antifpies. Il ne des- .* cendra plus de ces contrées , des Attila , des Ilermanrick, dej» fléaux de Dieu et des hommes i Pierre-le-Grand y a fait briller les Scheremetef, ’ les Apraxine, les Mentzikof, les Tolstoy, les Sehouvalof, les Ostermann , les Roumianzx>f , et tant d’autres noms jusqu’alors ignorés, dont , à dater de cette épotpie, l’aristocratie européenne s’honore.
Dans cette grande di-éation , comme an temps •
(le celle du monde , on croit voir tous oes hom^^fS) de la civilisation russe, renfermés dans un .seul homme ! ils semblent en sortir pom' policer l’empire, avec cette unité, cet ordre, cet acœrd de mouvemens, tpxi découlent d’une même oiigine! Lui-même les a distingués, dressés ou dirigés. Car, tel (|ue la plupart des plus grands hommes , il ^ .su choisir ceux cpii convenaient à son but : comme eux , il a persévéré dans ses choix , dans ses amitiés ; soit ténacité naturelle à tous ces grands cœurs dans Icura sentimens comme dans lem’s projets ,. soit plutôt habileté dans leur premier coup d’œil , leur génie supérieur sachant d’alwrd reconnaître et attirer ces génies secondaires! Car quel grand homme a marché jusfpi’ici sans un entourage de grands talens? comme si , par une loi universelle, les esprits semljlables tendaient à se réunir dans l’ordre moral, ainsi que les molécules de même nature dans l’ordre physûpie.
Voyez , comme celui-ci , fort de sa seule force , s’est d’abord an-aché tout seul du milieu de quinze millions d’hommes à dix siècles d’ignorance et de piH^ugés; comme il s’est élancé hors des mœurs grossières qui l’environnent , et bientôt comme il plane vigoureusement au-dessus de celte nuit épais.se oà .sa nation vivait plongée ! C’est de là (|u’il éclaire et attire à lui l’élite des esprits de son peuple; il en forme une tête de nation qui, déisormais, ne ce.ssera d’àfepirer à la lumière , de suivre cette nouvelle
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