‹ Histoire de Russie et de PierreleGrand, par m. le général comte de Ségur, auteur de l'Histoire de Napoléon et de La Grande Armée, pendant l'année 1812Chapitre 45 sur 332 · LIVRÉ II. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRÉ II. — CHAPITRE II

devient son héritier de l’aveu même des enfans de eelui-ci , et l’ordre de succession entre frèi’es s’établit.

Il se fondait, a-t-on dit , sur une coutume dont on ne cite pour précédons (pie cette régence d’Oleg, sans songer assez tpi’un fait si ancien , et tpii ne s était pas renouvelé depuis cent soixante-cinq ans , ne pouvait guère être dans les moeurs.

On pourrait croire que les Russes suivirent un instinct naturel , qui semblait répugner à ce qu’un oncle obéit a son neveu , ou bien qu’on voulut éviter par là des minorités, ou prévenir des querelles entre de jeunes frères, qui auraient plus de* respect pour un prince âgé, leur oncle. Le fait est que , dans ces temps naïfs et grossiers , ce mode de succession , si bizarre et si pernicieux , . paraît avoir eu pour principe un respect scnipu- -* leux et exagère pour le droit de primôgéniture rree nom d’aîné était si respecté, (pi’il suffit jusqu’à la bn du (juiuzieme siecle pour désigner le suzeiain. Aussi, verrons-nous la succession directe ne se i-établir, tpie loi-sque les Grands-princeS de Moscou feront reconnaître d’avance, leurs fils et petitsrfils, pour les aînés de tous les autres princes : Je~t^ reconnais pour mon n/né; éiaitdeur symbole de' . soumission./' . ••

’^fc’est à ce même respect; pom; le droit d’aînesse qu’il faut attribuer la .succesion d’ondlè à^neveù , conséquenêe’ de l’hérédité entre frères; en voici'le

. mode ; Les frères s’étant succédé jusqu’au*demier, et celui-ci Tenant à mourir, c’était non à soti fils, mais à son neveu qu’appartenait le sceptre, c’està^re au fils de l'ainé des frères qui venaient de se •liccéder sur le trône. -

Un ordre de succession si étrange eut deux tristes ^conséquences : d’abord , un plus grand morcellement de l’empire en apanages , et de nouvelles occasions de guerres civiles. Il était simple qu’un Grand-prince donnât de son vivant , à ses enfans , des forces contre un oncle qui viendrait bientôt .favoriser ses propres fils, aux dépens de ses neveux.

■ Ce morcellement n’épargna même pas le domaine Suzerain. Il paraît qu’Iaroslaf le législateur l’avait laissé si puissant, en comparaison des apanages, ■qn’il avait pu croire sa suzeraineté assurée- et in- •' contestable. Mais bientôt ce vaste domaine fut sub-

* divisé comme le reste de l’empire.

- Les Grands-princes commirent cette fàute d’euxméincs , soit indiflcrence pour l’intégrité d’un domaine , qui passait après eux à Une antre branche-, ^ plutôt, intérêt à le laisser faible contre leWs

• ekifàns., qui n’en, devaient pas hériter; soit <£u’ils bff sussent- oÀ. leur ".tat)u ver, ailleurs des'apanaces»-^ /l/^^écond iésultat dé cet ordre cf Hérédité, (ut Vàfiàjblissem^t ;pr,Qgressil diTpouvoiç des Gï-andapt^Mxnÿjilmi^idemenL faute d’^uil puînt d’appui matériel ‘sur , uii domaine -si. mcrtx:é!<^, mais* en—

...'core faute d’un syStèbie suivi.de ‘gouvernement.

cnAPÏTRE II. 7,

Ëii dîct, toujours éti'aiigers h la Gi'aiitle-priucipautë, ces priuces y arrivaient de leurs apanages, avec leurs Iloyards , gens dévoués cpi’ils rassiisiaienl aux dépens des anciens possesseurs ’ . Cette extix'me amovibilité dans le sceptre, trempant sans cesse l’espoir des sujets, les accoutuma h ne s’attacher à aucune branche des Rurick.

D’autre part, les Grands-princes arrivant plus âgés au trône , les règnes furent plus courts ; ce qui interrompit tous les projets et amena sans cesse de nouvelles révolutions, ou de nouveaux sys^ tèmes de gouvernement : car le système de gouvernement ne pouvait pas se transmettre d’un frère h un frère, et d’im oncle à un neveu, comme d’un père à son fils.

Cet ordre de succession Rit donc une des prin*cipales causes de la faiblesse pregi’cssive des Grands^ princes et de l’État, pendant cette Seconde période j cela est si vrai , tpie dans la treisièmc , et malgré le surcroît de maux produit par l’oppression, tata)*©^ trous verrons l’État renaître avec l’autol'ité suzeraine, par le retablissemcnt de'la succession dî^ rccte, dans l’une des branches de cette multitude de princes.

•• ■ Eatre raille autres cxemplefi, voy^ oc que riiistorien russe dit d’Ioury de Sotudal, ■trois fois tuurpateur dû trône de Kief. iX-s favoris et pn rama» d’aveutiiri«*s, qui cliercliaîcnt (bitimc à sfi s«n^q, foulaient » leyr'çré les 'ciU^ eus -de cette capitale, les pilItLi^t; les ouliajçéaiéht, ijtc..Oirvit fdusiedrrfôi» les prmccs enlever tout les Ixeftuds d’une ville, etc., etc. •

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, Quant aux nobles russes, nous remarquerons que, clans toutes les tjuerelles d’apanages de la seœnde période , il n’est point cpiestion d’eux , mais seulement des princes. C’est cpe le mouvement toujours concpiérant de la première période, les mœurs, l’amovibilité de toutes les fortunes secondaires au milieu de ces révolutions d’apanages ; enfin , la rareté des villes, dés i-ésidences et des lieux forts, avaient empêché les voiévodes de se perpétuer dans leurs commandemens, comme ces chefs de guerre l’avaient déjà fait partout ailleurs à cette époque. Puis, quand on conunença à fondci- de nouvelles villes , les princes sc multiplièrent aussi, et se les partagèrent ; personne même ne pensa cpi’ elles pussent appartenir à d’autres qu’à ces princes, tant la dévotion à la famille des Rurick, paraît avoir été de tout temps, absolue et exclusive. ^

• U suffisait d’être de cette race : bous ou mauvais ■princes, les Russes acceptèrent tout. Ces peuples sé' laissèrent passer de mains en mains, diviser, sutnli viser , donner et repi’ench’c , comme il plut a'U>us CCS princes.

T)é son côté, cette famille de Rurick regardel’Étât comme sa ‘propriété. Écoutez un certain Oleg; appelé, en 1,996 ou 1097, au congrès de'Kief par ses parens, et averti qu’on y consulterait les évécpies, les^ anciens boyards et 'les plüs illustres ^citôyens ; a Jësuis pKlnçe ^ j'épondit-il , fl ne' -suis « point fait pour prendre cojiseildes moines^^^de !f la populace. » ' * .

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