‹ Histoire de Russie et de PierreleGrand, par m. le général comte de Ségur, auteur de l'Histoire de Napoléon et de La Grande Armée, pendant l'année 1812Chapitre 67 sur 332 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

En effet, tantôt une Justice naturelle, tantôt la négligence orientale et la çupiditë,' souvent la crainte d’être désobéi , enfin et sm-tout la puissance et la, richesse des princes de Moscou , dont les présens l’emportaient toujoims sur ceux des autres princes , tous ces motifs avaient conduit les khans à laisser la succession à la Grande-principauté s’établir de père en fils dans la branche de Moscou *. Dmitry Donskoï, en i consacra cet ordre naturel d’iiérédité par un traité, dans lequel ses parens consentirent à renoncer à la succession entre frères.

Ce fut l’un d’eux , et le phrs remarquable , V la-

' Usbcck, U. est vrai, désigne machiavéliqucinent tous les eniaus d’iwan I" poôr ses successeurs; mais il labse, ea iZio, Siméon, l’aîné et le plus habile, se mettre^ seul en possession du tràne. D’Ianisbcck-.khan nomme Iwamll, frère de Siméon mort avec ses enfans, à l’exclusion d’un prince de la brandie de IVeif ou Newsky. Movrath-khan , en i36ai dépose un prince ümitry de’ la' branche de Newsky, ijti’nne fantaisie dc.Naurous>thftn venait de faire Grand - prince , pour dioisb' Dmitry Donskoï; petil-fil» d’iwan I",. et fils d’Iwaii II. Tacktaniouïscb donne eiirore le trône à Vas.stli II, (ils aîné de DonskoTi( i58g). Oulmi-.Mahmet nomme enûn Vassili TU, fils de Vassili II, et père du grand Iwan III , que cette longue suctession mid si puissant , ipi'tl écrase la horde.

i2Jf ^ i,i.VRE 111.

dimir-lc-Bni>«e , qui le premiei- signa cet acte. Dans plusieurs* autres coiiygitions, Vladimir se reconnut vassal et lieutenant,, non senlement de Dmitry, niais aussi de Vassili*lôn fils;,çj même du fils de Vassili , aloi-s âgé seulement de cinq ans., '

Gct exemple , donné par le prince russe apanagé le plus renommî pa^^ prudence et sa valeur, fdt suivi des autres, ptnices. Ajnsi, tel (me nos Capétiens, Iwan I®', et surtout DmitryTlonskoï^ recommencent, la monarchie par/ le rétaijlisscment de la succession directe, en faisant reccinnaftre de leur vivant leur Uls aîné pour lero’ successeur. Nous verrons bientiît Vassilj, fils de ce Dmitry, pei-sévërer dans cette voie. Erifii^ Vassili-f Avejigle , sçm petit-fils, relèvera soiiilrênC ébranlé, et préparera 1 autocratie de la (piatiiéme période rasse;,en s’asr sooiant le grand Iwan-III, son héritier direct.

On s’explique facilement, l’infaillible effet de cet (Jl'dre de succession, et comme il djit promptement étendre et affermir le ^uvoir des Grai)ds-prinees. Éu. effet, leuj politiqu^j eut plus de, suite, l’éducation transmettant au fils, les i^ées du père; leju’ ambition eut uu but plus direct,^ car on ne travaille pas pom- un frère ou çour un neveiA,Æomme pour ses enfans. '* r

Les nobles (jui-ent s’attacher avec encore plus de dévoûment à un ptince, dont le fils et l’héritieç

karamüiii.

CHAPITRB''VI.

grandissait au milieu d’eux, ne' œiinaitrait qu’eux,, et récompenserait leursf SQrrices dans leurs eufans; car, de la succession du ppuvoir dan» .une même branche<^ suivait la succession des grâces et des dignités dans les mêmes*familles.

Les Boyards avaient cpmpris leur intérêt à cet ordre de.succession , avant (pie Dmitry l’eût établi, en principe. Là, œmme ailleurs, le fait précéda le’* . dmit, : c’est pourquoi ils avaient i-établi la suc- , cession directe dans cjj petit-fils d’iwan Kalita.; c’étaient eux qui l’avaient fait Grancl-priiicc des* l’âge de d^uze ans, et -(pii lui avaient soumis les ^ autres princes. On les verra de meme, vera i45o; ^ maintenir cet ordre de succession dans Vassilil’Aveugle. Les annalistes contemporains dis(;nt quf ^ ces anciens Boyards de la Grande-principauté dé^ ^ testaifcnt la suecesîfon entre frères; car alors chaque* prince de' bfaiiche latérale, y arrivait de son apa»^ nage avec d’auti-es Boyards toujoiu^ préférés , qu’il i/* ne pouvait satisfain: et établir qu’aiot dépens dogi anciens. ' * .

C’est ainsi (pi^ des place* plus im]»ortanteS''\‘t transmissibles, de plus riches faveurs, luie protection héréditaire- ét plus^sùre ; enfin de plus » grandes,. espérances , attirèrent et retinrent pivs« ' des. Grands-prin(^ une noblesse militaire. Bientôt, son élévation ali niveau des petits princes ra-^”.* baissés llittta si> vanité, et. acheva sa réunion ,ù ^

ràiitoritc principale.

Ce fait explujpe les dernières paroles de Dniitr y Donskoï a ses Boyards , cjnand il leur recommanda son lils : nwn règne, leur dit-il, vous ne

fuies point des Boyards , mais de véritables princes de la Russie.

En effet, ^ur ne citer que quelques exemples, on peut voir cpie ses armées furent aussi souvent

• commandées par des Boyards que par des princes,

* - , . et que dès-lors ce n était plus un prince du ^ng,

mais un Boyard du Gran^-pçince , qui était son ' lieutenant à Novgorod.

Bien plus, la succession de père eiï fils s'éta- ^ » blissant, il y eut, dès son principe, (Jeux minori- -

■ ' (celles de Dmitry et de Vassili, son petit-fils),

• f pendant lesquelles les Boyards composant le con- ♦ ' ^ seil de régeneç^ gouvenièrent l’État, et se trouvè- . •- rent les égaux , et même les supérieqi-s des princes

t , ^apanagés. C’est pouixpioi nous verrons, en iSga,

* - ■ les Boyards de Boris, dernier prince de SouzdaJ,

le livrer ainsi que son apanage, *à Vassiii Dmitriévitch de Moscou, Le motif de leur trahison ne se trouve que dans leuiv intérêt, puisque le Grandprince de Moscou leur confiait les apanages , et ^ « mettait aiusi l<s nohles îi la place des princes.

, . ' Ce qui esttÇrès remarquable en Dmitfy Donskoï,

c est , dune part, ,1a vigueur avec la<pielle il ^ # dompte ces princes; et de l’autre, ses ménagemens

pour ses Boyards. D apres Karamsin, c’gsl surtout

t orgueil jaloiqc^du tyssialsky de IMoscou ,

CHAPITll£ Vl/ -r*5

Boyard de la ville ou de la commune , de

tribun civil et militaii’e, élu du peuple, cpi’il faut attribuer l’abolition cpie DonskgXprononça de cette rliarf»e. Drj.à, squs le règne pr^écdent,. un autre lyssiatskv’ de l^oscou, qui préteudail avoir le pas même sur les Boyards du Grand-prince, avait été massacré par eux.

Cotte protection héi-éHkaire des. Grands-princes de la brauclie de Mo^oiT étant bien avérée, dèslors la noblesse de chatpie apanage, (pii en était l’armée, 'eut un refuge, et (^mme un moyèn de recoui’s , une voie^ d’appel , cpiand son prince la mécontentait, C’étajt là ce qui avait fait tomber Twer «levant Iwan Kalita ; càr le nriticé souverain de cette première et dernière rryale de Moscou, ayant préféré les' gens de Pskof, «jui l’avaient défendu, à ses Boyards, ceux-ci s’étaient retirés vers Moscou.

La puissance d’hvan Kalita une fois élevée par l’apptii des Talars , par le rétablissement de la succession directe, et bien développée par s<is fils et peti^fils, Siméon-le-Superbe et üinitVy Douskoï, il an-iva une chose t«Sute naturellcî, c’est- que cçlui «pii pouvait le mieux'réfcom^en^er et punir, attira à lui et retint tous les ’nobfes. Ces nobles faisaient toute la force des princes ajwuagés ; leur d«*fection acheva de soumettre ces princes.

' Suivant Levgsqiieft Karaiii!<in, tvssiatchskv.

1*6* aj.** LIVIRE.III.

^ Anssi Dmitry Donskoï fiit-il réellemàit souve- ^ *ï*rirt, comme It^pcouvent ses traités avec les princes 'Apana^., <fn^ll re^'^isit. tous k être ses vassaux. ^t«Hi , mJtigrë lesii^anages tpi’il d(mna à ses fils ,*et ^ di^nsions'tpji furent la suite ae cette faute, pput^tr» encore iaé^ftable , l’attachenilfer^des luv ’’ 'fîfes dont je viens de rendre raison, rétablit- il ► WKjjoûrs sur le trô*C t'ifârltier légitime. i 1 S'. ■* A ■

* A.'^ér*-'. * 7:^': 'j ' — > .

^%’^^V^-VX^X^X^XX^'^XXXi

CHAPITRÉ VII

Déjà y vers n était ^pere plus (pje par

des dënoiiciatioiis à la horde que les priuces russe.s osaient lutter contre leui- suzerain .- mais à tjucl klian les adresser? La discorde avait çrë<5 plusieurs; quel résidlat eii^attenilrà? Les armées tatares , divisées entre elle§ , n’étaient plus disponibles.

Ces voyages à la liorde dorée, qui d’aljord ayaieni contribué à contenir les princes ivis^es., servaien*t à présent à les éclaijer sur la faiWesse'^dé leurs ennemis. Les Grands-princes revenaient de la horde assurés d’usuiper avec impunité, et leurs couipr'liteurs ayec des envoyés et des lettres, dont eux^ mêmes sentaient le peu de valeur.

. On s’aperçut alora en Russie que la seule force protectrice était à Moscou ; il fdlut bien recourir a son appui. Les petits princes né l’obtinrefit qu’eu perdant leur indépendance, et c’est alors que tous •levinrent vassaux du Graiid^p^ince Dmitry.

Jamais grand homme ue vint plus à propos (pie ce Dmitry. Cê fut un Ijonhem- que les discordes des Talars les eussent occupés pendant les dix-huit

pi emières années de sou règiie'; cela lui donna

■ Ho i369 à i58o. ^ *

d’abord le temps d’amortir la fureur dévastatrice d’Olguerd-le-Libhuauicn , fils de Guedimin , père de Jagellou , et contpiéraut de toute la Lithuanie , de la Volhynie, d«î Smolcusk, de Kief et même de la Taïu-idc; sçcoudement , de réunir à son trône plusieurs principautés; enfin’, jde forcer les autres princes,' et mémo celui de Twer , de reconnaître sa suzeraineté, .y ' ' .

La lutte contre celui^i fut terrible : quatre fois Dmitvy abattit Mikhaïl quatre fois ce prince de Twer, appnjré sur son gendrtï , le grand Olguerd ‘ , se releya victorieux. Dans ce conflit opiniâtre, Moscou’ .elle-toême , 'assiégée à deux reprises, eût succombe,- s^qs ses murailles de pierres, ouvrage récen't de. la j^emière régence des boyards moscovites...^ ».

Mais enfin Olguerd mem-t , et Dmitry, qui , trois ans auparavant, ne pai-aissait <pi’à genoux devant la hordç, ose alors refuser au khau son tribut, et faire massacre^ l’insolent ambassadeui’ que ce khau lui envoie. •

Nous avo|^ que^, cintpiante ans plus tôt , une pareille témérité*avait eausé la-cliute de la brancliç * de Twer devant celle de Moscou : mais les temps sont changés* La triple alliaHce'du métifeponte, des boyards et du Grand - prince , a déj.à l'cndu^ aiix^ Uu.sses le sentiment dé leur force : ils'sout enhardis <

' Prince de Lithuanie.^

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