LIVRE
l’Asie ; il semble n’être apparu (pie pour porter au Kaptchak rebelle, h cette horde eiigiaissëe du sang et de l’or russe, un coup mortel. C’est ainsi (pie la discorde, passant des Russes aux Tatars, pn^pare au nord de l’Europe sur l’Asie , un triomphe dont on ne peut prévoir le terme. ♦
En même temps , et par un bonheur aussi grand, apiès .lagellon et Vitovt , la Lithuanie et la Pologne s’entre-battent : ces autres ennemis de la Russie s’entre-déchii’ent; comme les Tatars, ils s’épuisent : leurs dynasties stériles s’interrompent; une démocratie de" nobles l’emporte ; et le sceptre y redevient de plus en plus électif; tandis ([ue celui des Grands-priiKîes russes, malgré les fautes de Vassili-l’Aveugle , fils de Vassili , s’enracine par son droit divin , par sa succession directe, et s’élève de * plus en plus par de si longs règnes.
Cette longévité des Grands-princes moscovites est une autre cause très r(ïmar(piable du pr(Kligieux ac(Toissement de hîur pouvoir. Ce n’est pas à notre siècle (pi’il est besoin de dire , pourcpioi la longueur des premiers règnes d’une dynastie est indispen.sable h l’établissement de .sa puissance. Remaixpions à ce propos ceux d’iwan Kalita et de ses descendans directs, Siméon-le-Superbe, Dmitry üonskoï, Vassili son fils, et Vassili Vassilievitch son petit-fils • . îls ont été de treize, dix-sept, vingt-sept, trente-six et trente-sejît années ; c’en fut assez pour fonder » rautorit(^ suzeraine' des Grands-pn’nces de Moscou.
. CHAPITRE Vlll. i35
Nous veiTons, dans la période suivante, cette longévité aller, ainsi que le pouvoir, en s’accix)issant dans leure successeurs lw<in-le-Grand , Vassili et Iwan-le-Terrible , dont les règnes furent de quarante-trois, vingt-huit et quarante-neuf ans.
Aussi, tpiand vint le règne de Vassili Vassilievitch, dernier prince de cette troisième période, était-on déjà si accoutumé à ne reconnaître pour Grand-prince, que le fils aîné du Grand-prince, fpie ce Vassili succéda à son père à dix ans, et tpie, détrôné plusieurs fois, l’habitude du respect et de la fidélité le replaça toujours sur le trône. Après de si longs règnes, les droits du souverain étaient marrpiés , la route tracée à son successeur , les habitudes de ses sujets prises.
Toutefois, à la naissance de ce Vassili Vassilievitch, on cnit un miracle utile pour mieux constater son droit au trône de sqn père. C’est pourquoi une voix du ciel proclama Grand-prince ce prince nouveau-né. Mais il semble que cette précaution fut surabondante : le premier événement de co règne en est la preuve ; il est unique dans l’histoire.
loury, l’oncle de ce jeune souverain , s’appuyant . encore sur l’ancien ordre de succession, réclame la suzeraineté. Une excommunication du métropolite, d’abord dédaignée , mais qu’une peste inattendue rend efficace, suspend ses prétentions, qui renaissent à mesure que la contagion diminue ; et bientôt Vassili et son oncle vont disputer leur»
droits devant la horde; mais raveujjjle khan est tellement dominé par l’habileté des boyards attachés an Grand-prince , et entraîné par le mouvement général , cju’il sc déclare pour l’héritiei' direct, le décharge de tout tribut envei’s la horde , et veut même que l’oncle tienne la bride du cheval de son neveu , à l’entrée de celui-ci dans s<a capitale. Mais l’ambitieux loury en appelle aux armes; Moscou, surprise, tombe entre ses mains, et son neveu Vassili est relégué dans un apanage.
Ne semble-t-il pas (jue voilà la succession directe encore renversée; (pi’il faudia une guerre longue et furieuse pour la rétablir? Non, les mœurs suffiront ; le respect pour l’ordre direct , cette coutume fondée sm’ l’intérêt de tous, et déjà sur cjuati-evingts ans de durée, va l’emporter; et cela , en peu de jours, sans qu’un seul glaive soit tiré ni une goutte de sang répandue. L’opinion , désarmée , plus forte fpi’un vainqueur, vaincra sa victoire: pr***trcs , peuple , grands , tous la désavouent ; tous , jusqu’aux propres fils de l’usurpateur, se retirent de lui. La grande Moscou entière suit dans son exil , l’héritier direct ; le vaintpieur, confondu , demeure seul , et vaincu par ce terrible isolement , il descend de son trône solitaire, qu’il rend à l’héritier , légitime.
Cependant, les fautes de Vassili le précipiteront encore deux fois du trône , d’abord dans les fers des Tatars, puis dans ceux du fils d’Ioury, qui lui