‹ Histoire de Russie et de PierreleGrand, par m. le général comte de Ségur, auteur de l'Histoire de Napoléon et de La Grande Armée, pendant l'année 1812Chapitre 73 sur 332 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

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Mais , dans ce grand œuvre d’autocratie, n’a-t-on pas senti la main puissante et persëvi^rante des prêtres ? C’est donc dans l’esprit de l’histoire du clergé lusse , qu’il faut chercher, à l’élévation des Grands-princes de Moscou, une dernière cause;

Dans ces temps d’ignorance, la religion grecque çt ses prêtres devaient être un des plus puissans moyens d’instruction et de gouvernement. Un édit de .Vladimir avait, dit-on , vers Tan looo, accordé d’immenses privilèges au clergé lusse; les historiens modernes ne croient pas à cette concession. Et que nous importe sa réalité? elle ne prouverait que l’aveuglement d’un prince , et ne suflirait pas pour constituer un droit contre nature.

N’euvisagerait -on cette question que sous le rapport,des mœurs , ou pour connaître la position respective des différens ordi-es de l’État? Mais, dans ces deux cas, le fait suffit sans le droit : or, le fait est que, dès 1 200, le clergé russe était couvert des dépouilles de ses ouailles; cpie, dans nue foule de circonstances , il jugeait à mort et sans appel ; rpie les moines avaient, comme ailleurs les nobles , une multitude d'habitations fortifiées , dont ils

LIVRE III. — CHAPITRE IX. 189 étaient les défenseurs redoutables; fjue leur méti-opolite avait une cour, des boyards , des gaixles , un luxe asiatique; qu’il y avait des cérémonies publiques où les souverains les plus fiers marchaient à pied devant lui, tenant humblement la bride de l’âne sur letpiel ce pontife était monté ; rpi enfin , dans les aflàires d’État, le métropolite était le premier œnsulté : ce qui an’iva fort naturellement, beaucoup de ces chefs du clergé étant venus de la Grèce, et paraissant des lumières dans ces ténèbres. *

Un auti-e fait , c’est que, dans les discordes civiles^ f les prêtres russes furent souvent médiateurs , am-^ ^ bassadeurs , arbitres même , rôle auquel les appelait' encore leur ministère tout de paix et de charité. ^ L’invasion tatare accrut leur puissance ; dans la résistance désespérée des villes russes, les khans virent tout le pouvoir de ce clergé sui’ l’esprit des peuples; c’est pourquoi Bâti , Bourgai et leiu's successeurs, le respectèrent, et l’allranchirent même de tout tribut '. Dès-lors, seul riche et en paix, il

• f'nrn le firman de ce même ,üsbeck en i5i3. Il déclare « que « l’Église est seule juge de l’Église dans tous les cas, et de tous Jes__

« habitanS de ses doinaiiius. Qu’il renonce au tribut que lui doh'ent...

« les terres du clergé, ainsi qu’à tous ses autres droits, tels que «■Wtm de douane, de charrue, de passage, impôts sur les métai-'*

, (tries, et relais pour son service. Que ceux qui contreviendront , « à cette squve-gai’de seront punis de mort , et non seulement^, w

<1 jioiir enlèvement de chose sacrée,.- mais même s’fls osent seule- *

* ment condamhei ou Màmer la religion grecque.'» *

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acheta tout oii attira tout à lui; le sol nisse se couvrit de monastères, où les femmes et les hommes étaient mêles ; et oommç tout le reste était horriblement opprimé, tous affluèrent vers ces couvens : nobles , marchands , des princes même voulurent se faire moines. Ttdle était, d’ailleurs, la superstition , que la plupart des Grands-princes de la première race moururent sous le froc.

En i55g, un archevêque de Novgorod ayant été pris par les Lithuaniens, la républi(pie fut au moment do l’échanger contre une province , contre ü’ois villes, et même contre son indépendance.

Un tnîmblement de terre, d’allrenses pestes, ♦surtout celle de 1 552,, et plus tard la peur de la lin du monde, f|u*annonçait pour cette époque une ancienne prédiction , couronnèrent l’œuvre attribuée à Vladimir ; la plupart des mourans léguèrent leurs biens aux monastères.

Au reste , la législation «les Russes les conduisait à cette indignité: chez des hommes «pu se rachetaient de la justice terrestre par des amendes , il y avait consccpience à croire se racheter de la justice céleste par des donations. Et puis, à Byzance ' comme à Rome, il était passé en principe «pi’on gagnait les biens du ciel en frustrant scs héritiers de ceux de la terre, pour les léguer aux hommes de Dieu ; ce «pii était certainement finir par le plus , gj-and acte de personnalité de toute sa vie.

- Quant à la tolérance des khans, ou ne sait s’il

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