CHAPITRE V
dans le ciel. Aujourd’hui que Byzance est tombée captive des Turcs, l’habile Iwan vent fpi’nne seconde princesse fp’ecque vienne faire de Moscou l’héritière de cette Byzance ; qu’elle eu apporte comme dot à son Grand-prince les armes de sa famille, cet aigle à deux têtes, symbole d’autocratie, et ce titre de tzar, identique, selon les Russes, à celui A' autorité suprême'. Il veut qu’elle introduise dans son palais l’orgueilleuse hiérarchie de la somptueuse cour de Constantin , et ses pompeuses cérémonies, moins vaines qu’on ne pense; eMliu, ce despotisme de droit divin, (|ui va corroborer et même sanctifier en Russie le dévoùment au prince. Ce pouvoir théocratique , avec le joug de fer dont Iwan III vient d’hériter des Tatars, et la constitution toute militaire t(u’nn grand homme y joindra bientôt, doit un jour compléter le concours le plus singulier de circonstances cpii ail pu former des princes au despotisme , et des peuples à l’esclavage.
Ce n’est pas tout encore : par son union à cette main impériale, la main habile et puissante d’iwan semble avoir retourné la face de son empire d’orient en occident. Il a porté le poids du trône russe dans la balance de l’Eiu-ope. La Russie, tlétacliée lie la civilisation depuis près de trois siècles, va s’y rattacher par les liens de la politique , et par ceux des arts et des sciences.
' y. Karamsin.
,8^ livre lY.
Ce sont les Grecs réfugiés de Constantinople en Italie q\ii vont apporter ces arts dans Moscou , sur les pas de leur souveraine. En effet, par une singulière conformité de position , ces Grecs , vaincus à leur tour près de l’antique et homérique conquête de leurs pères, venaient, comme jadis Énée et ses Troyens , d’illustrer aussi l’Italie, en s’y réfugiant avec leurs pénates.
Voilà pourquoi l’astucieux^ Iwan a semblé prêt à sacrifier jusqu’à sa religion , pour obtenir du pape, alors protecteur de la princesse grecque, cette grande alliance. Voyez comme il fait traverser triomphalement ses États a cette suzeraine, ipii vient autocratiser et même diviniser sa puissance. Écoutez les discours de ses grands et de ses prêtres : Dieu, disent-ils, lui envoie cette illustre épouse, rejeton de V arbre impérial , dont V ombre couvrait jadis tous les chrétiens frères et orthodoxes. Heureuse alliance! qui rappelle celle du grand Vladimir, qui va faire de Moscou une autre Byzance, et dormer à ses Grands-princes tous les droits des empereurs grecs.
Aussi faut-il désormais au nouvel autocrate un somptueux entourage. Les pompes toutes nouvelles de Constantinople viennent fasciner les yeux de ces barbai-cs. En même temps, ses peuples le verront élever les puissantes murailles du Kremlin , demeure imposante , redoutable forteresse de 1 autocratie; et cette première église de pierre renfer-