‹ Histoire de S. Ignace de Loyola, d'apr`es les documents originauxChapitre 114 sur 172 · LIVRE TROISIEME. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME. — CHAPITRE I

€ rendus en faveur des respectables personnes, Maître Ignace et « ses compagnons et contre leurs délateurs ; nous avons enfin « fait comparaître devant notre tribunal quelques témoins des « plus respectables par l'intégrité de leur vie, par leur doctrine « et par leur condition. Nous avons trouvé que toutes les plain- « tes, toutes les accusations, tous les bruits répandus contre eux « étaient entièrement dénués de fondement.

« C'est pourquoi, ainsi qu'il est de notre devoir, nous affirmons « et nous déclarons que ce susdit Maître Ignace et ses com- « pagnons, non seulement n'ont encouru aucune note d'infamie « ni en droit, ni en fait, à la suite des accusations et des plaintes « ci-dessus mentionnées ; mais qu'ils en ont au contraire retiré « un témoignage plus éclatant de la sainteté de leur vie et de « leur doctrine. Car nous avons pu constater que leurs adver- « saires n'ont eu à leur reprocher que des choses sans impor- « tance et de tout point contraires à la vérité, tandis que les « personnes les plus dignes d'estime ont rendu en leur faveur « le témoignage le plus élogieux.

« Nous avons donc tenu à porter la présente sentence et « déclaration, afin qu'elle leur serve de témoignage public contre « tous les ennemis de la vérité et pour rassurer tous ceux qui « auraient conçu quelque soupçon sur leur compte, à l'occasion « de ces accusations et de ces calomnies. Nous avertissons en « outre, nous exhortons dans le Seigneur et nous prions tous « et chacun des fidèles d'avoir et de témoigner au dit Maître « Ignace et à ses compagnons l'estime dont nous les avons re- « connus dignes et de les tenir comme des hommes d'une doc- « trine désormais à l'abri de tout soupçon, pourvu toutefois « qu'ils persévèrent. Dieu aidant, comme nous l'espérons, dans « la même intégrité de vie et de doctrine.

« Donné à Rome, dans notre palais, le dix-huitième jour 4L de novembre de l'an quinze-cent trente-huit. C/. Carias de € sait Ignacio, to7n. I, appe7id. w, pag. 421. »

Telle fut l'issue de cette affaire; mais quelque chose m.anquait encore pour que la satisfaction fût complète : c'était la chute et la punition des calomniateurs. Dieu permit qu'ils fussent reconnus coupables des fautes dont ils avaient accusé Ignace. Ils avaient dit que, convaincu d'hérésie et condamné au feu, il ne

s'était soustrait au châtiment que par la fuite, et qu'il avait été brûlé en effigie. Ce fut précisément le sort de Mudarra. Reconnu pour hérétique et condamné au feu en cette qualité, il parvint à s'échapper de sa prison, mais il fut publiquement brûlé en effigie. Pierre de Castille, pour la môme cause, fut condamné à une prison perpétuelle.

Quant au moine, premier fauteur de toute cette campagne, sitôt qu'il la vit tourner contre lui, il s'enfuit à Genève. Là, il quitta l'habit religieux dont il s'était servi, pour entrer sans obstacle dans les pays catholiques et les infecter de ses erreurs. Il devint prédicant, et on lui attribue un dangereux ouvrage intitulé : SnimnariumScripturœ. Enfin un auteur du XVI^ siècle rapporte qu'il termina dans les supplices ses crimes et sa vie.

Nous devons à la vérité d'ajouter que tous, excepté le faux ermite, finirent par rentrer en eux-mêmes, désavouèrent leurs calomnies contre Ignace, et cherchèrent à en obtenir le pardon. Ainsi Pierre de Castille, après avoir longtemps persévéré dans ses erreurs, rongeant son frein dans la prison, où il était enfermé pour toute sa vie, fut enfin touché de la grâce, et mourut entre les mains d'un Père de la Compagnie, nommé Avellaneda. François Mudarra changea complètement d'opinion à l'égard d'Ienace. Sûr de trouver en lui cette charité, caractère distinctif des saints, qui toujours rend le bien pour le mal, il eut recours à lui dans ses malheurs et en reçut les secours qu'il sollicitait. Enfin Barrera, à l'heure de sa mort prématurée, rétracta ses injustes imputations, et rendit pleine justice à l'innocence de celui qu'il avait faussement accusé.

Charité d'Ignace et de ses compagnons envers les pauvres de Rome, — Le Saint prépare ses enfants spirituels à fonder un nouvel ordre. — DilTicultés qu'il est obligé de surmonter pour atteindre ce but.

y^ crédit des Pères étant maintenant plus affermi que jamais, ils reparurent en public et reprirent, pour lesalut des âmes, les pieux exercices qu'ils avaient suspendus pour un temps. Bientôt l'estime publique surpassa, s'il était possible, celle que la calomnie avait altérée F^vHwi#w^^^ un moment. Dieu lui-même sembla leur ménager l'occasion de montrer, dans un temps de grande calamité, une charité plus grande encore que par le passé. L'année même où tous ces événements s'étaient accomplis, une affreuse disette réduisit Rome à une telle extrémité, que beaucoup de malheureux, étendus mourants dans les rues et sur les places publiques, n'auraient pas même eu la force d'aller chercher des secours, ces secours leur eussent-ils été assurés. En outre, l'hiver était excessivement rigoureux. Les Pères ne vivaient eux-mêmes que d'aumônes ; mais, animés par cette confiance en Dieu qui n'est jamais confondue, ils entreprirent de pourvoir aux besoins de tant d'infortunés. Ils relevaient tous ceux qu'ils trouvaient gisant dans les rues, les chargaient sur leurs épaules et les portaient dans leur maison. Cette maison, assez vaste, était située près de la tour du Mclangolo. Il serait difficile aujourd'hui d'en fixer l'emplacement; car danscette partie de la vieille Rome, que de modernes constructions ont complètement changée d'aspect; le nom et même le souvenir de ces anciens bâtiments sont enfouis sous leurs ruines. Cette maison formait un angle avec l'église Sainte- Catherine appelée des Cordiers (de Funari), et la place Margana, où s'élève de nos jours le palais des princes Altieri (').

Ignace passa de cette maison dans celle que nous occupons

aujourd'hui ; mais tandis qu'il l'habitait, il y avait installé autant de lits qu'il avait pu s'en procurer, et à leur défaut avait fait étendre des bottes de paille pour y placer les pauvres, le moins mal possible. Là, plusieurs Pères leur rendaient les mêmes services qu'aux malades dans les hôpitaux, leur lavaient les pieds et les entouraient de toute espèce de soins, heureux de penser qu'en leur personne ils servaient Jésus-Christ lui-même. D'autres allaient mendier pour eux par la ville, et Dieu permit que la charité de plusieurs âmes pieuses vînt abondamment à leur secours. Ils parvinrent ainsi à nourrir et à vêtir, chez eux seulement, plus de quatre cents personnes ('").

Un spectacle si nouveau et si touchant attira bientôt une foule de visiteurs. Les curieux eux-mêmes se sentirent tellement émus de la joie franche, avec laquelle les Pères s'occupaient à servir ces malheureux, qu'on en vit plusieurs se dépouiller d'une partie de leurs vêtements pour en couvrir des pauvres à moitié nus.

Le bruit de ces bonnes œuvres s'étant répandu, les grands seigneurs de Rome trouvèrent trop humiliant pour eux de voir des hommes qui ne possédaient rien subvenir aux besoins des indigents, et de n'y pas contribuer de leurs richesses ; ils commencèrent donc à envoyer des secours de toute espèce, qui aidèrent à passer l'hiver et à soutenir, jusqu'à la nouvelle récolte, près de trois mille personnes.

Du reste, le plus précieux avantage que trouvaient les victimes du Méau, dans la maison d'Ignace, ne consistait point tant dans le soulagement de leurs souffrances physiques, que dans le bien spirituel fait à leurs âmes. Dès leur arrivée, on les exhortait à se confesser, on les instruisait de la doctrine chrétienne, on leur adressait de pieux discours ; on leur faisait réciter en commun, à des heures marquées, certaines prières qui ne servaient pas seulement à employer utilement le temps, mais encore à faire naître chez plusieurs un sérieux désir de mener à l'avenir une vie plus chrétienne.

Ces exemples de charité, l'innocence des Pères si authentiquement reconnue, leur attirèrent l'estime et la bienveillance du public ; plusieurs personnes même commencèrent à prendre goût à leur genre de vie et demandèrent leur admission parmi eux.

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