‹ Histoire de S. Ignace de Loyola, d'apr`es les documents originauxChapitre 113 sur 172 · LIVRE TROISIÈME. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME. — CHAPITRE I

« l'honneur de la religion, qui est en quelque sorte attaché au « nôtre. Il nous importe peu qu'on nous prenne pour des igno- « rants, et qu'on nous croie des gens pervers ; mais que la doc- « trine que nous prêchons passe pour fausse dans l'esprit des « peuples, et qu'on regarde la voie par laquelle nous conduisons « les âmes, comme le chemin de perdition, c'est ce que nous « ne pouvons souffrir sans trahir notre ministère, parce que <r cette doctrine est celle de Jésus-Christ, et que cette voie est « le chemin du salut ("). »

Quelques-uns de ses compagnons, plus humbles que prudents, le détournaient de poursuivre cette affaire, il leur semblait que c'était outrepasser les limites de la nécessité et de leur droit à se soustraire à l'oppression. Ils craignaient qu'en faisant reconnaître publiquement l'imposture de leurs adversaires, ils ne parussent avoir écouté le ressentiment ou la vengeance. Les justes réclamations d'Ignace étaient encore traversées par les tergiversations du gouverneur : on crut d'abord que c'était lenteur de sa part : on sut depuis que c'était répugnance à se prononcer définitivement dans cette cause. Sur les instances des adversaires il tâcha de satisfaire Ignace par des promesses qu'il se réservait de ne pas accomplir. Notre Saint ne voulant pas s'en contenter, le gouverneur finît par lui dire que l'intention du Légat était que cette cause fut considérée comme jugée et que les deux parties gardassent désormais le silence ; mais bientôt les choses prirent une tout autre tournure.

Le Pape, de retour à Rome, était allé passer à Frascati, les premières semaines de l'automne. Ignace recouvra l'espérance, presque perdue, d'obtenir de lui ce qu'il avait jusque-là inutilement sollicité du gouverneur. En réalité, sa demande était si manifestement iuste. qu'il lui suffît de la faire connaître au Pape, pour obtenir justice ('). Le Pontife fit intimer au gouverneur par un de ses camériers l'ordre de juger définitivement la cause d'Icfnace. Alors on interrogea les trois personnages qui à Paris, à Alcala, et a Venise, avaient déjà été juges des accusations portées contre le Saint, et l'en avaient absous; on produisit tous les témoignages désirables en faveur de ses compagnons ; on examina de nouveau le livre des Exercices spirituels; enfin, la pureté de la doctrine et l'innocence de la vie d'Ig-nace et de ses com-

pagnons, ayant été reconnues à l'unanimité, la cause fut jugée, la sentence rendue en la forme suivante ; on en fit parvenir des copies partout où les diffamations avaient été répandues.

BENOIT CONYERSINI

Vice-Camérier et Gouverneur Général de la ville et du district de Rome.

« A tous et à chacun de ceux qui auront connaissance des « présentes lettres, salut dans le Seigneur. Il est d'une grande « importance dans l'Église de Jésus-Ciirist que l'on puisse « distinguer ceux qui, par l'exemple de leur vie et par leur doc- « trine, travaillent utilement dans le champ du Seigneur pour le « salut d'un grand nombre d'âmes, d'avec ceux qui semblent au « contraire avoir pris à tâche d'y semer la zizanie. Certains « bruits ont été répandus dans le public, des dénonciations nous « ont été même adressées contre les respectables personnes « Ignace de Loyola et ses compagnons, savoir: Pierre Le Fèvre, « Claude Le Jay, Paschase Broët, Jacques Laynez, François « Xavier, Alphonse Salmeron, Simon Rodriguès, Jean Codure « et Nicolas de Bobadilla, maîtres de la Faculté de Paris, « prêtres séculiers appartenant aux diocèses de Pampelune, de « Genève, de Sigiienza, de Tolède, de Vicence, d'Embrun et de « Palencia. On a incriminé leur doctrine, leur genre de vie et « les Exercices spiriHiels qu'ils donnent à d'autres personnes ; « on a prétendu que leur doctrine et leurs Exercices spirituels « étaient entachés d'erreur et de superstition et quelque peu en « opposition avec la doctrine catholique.

« Nous donc, conformément au devoir de notre charge et « sur un ordre spécial de Notre Très-Saint-Père le Pape, nous ^ avons cherché avec la plus grande diligence ce qu'il pouvait y « avoir de vrai dans les accusations portées contre les susdits « Ignace et ses compagnons. En conséquence, nous avons en- « tendu d'abord quelques-uns de leurs accusateurs ; nous avons « ensuite examiné soit les sentences judiciaires, soit les témoi- « gnages publics venus d'Espagne, de Paris, de Venise, de « Vicence, de Bologne, de Ferrare et de Sienne, et qui ont été

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