AVANT- PROPOS
PEU de saints comptent autant d'historiens que saint Ignace de Loyola. Biographies, histoires, panégyriques, études abondent en toutes langues et à toutes les époques. Mais de ces nombreux écrits que la piété filiale inspira aux enfants de Saint-Ignace ou à leurs défenseurs, aucun ne met plus en relief la haute intelligence et le grand caractère du Saint que l'histoire écrite par le P. Daniel Bartoli.
Les traits du père, et le cœur aimant du Saint, paraîtront peut-être moins en vue dans cette vie, mais le fondateur inspiré, le sage et ferme administrateur, l'homme de conviction, de prudence et de suite, ne resplendit nulle part ailleurs avec autant d'éclat.
Le r, Bartoli écrivait l'histoire de son héros, alors que les calomnieuses insinuations et les attaques haineuses s'élevaient de tous côtés contre l'Institut de saint Ignace. Le rang, que, dès ses débuts, la Compagnie de Jtsus avait pris parmi les Ordres religieux, la faveur marquée dont l'entouraient les Souverains-Pontifes, ses éclatants succès au concile de Trente, dans les collèges et les Universités qu'elle dirigeait, dans les Missions parmi les infidèles des Indes et du Japon, en Europe dans les grandes chaires comme auprès des habitants des campagnes, avaient heurté des rivalités, excité des jalousies, suscité des ennemis qui agissaient dans l'ombre, ou ne craignaient pas de mener leurs attaques au grand jour de la publicité. A ces hostilités qui avaient pris naissance au sein même de la famille chrétienne, nous devons ajouter les attaques, les mensonges, les calomnies sans nombre et sans pudeur des protestants, ennemis nés de tout ce qui de loin ou de près respire l'esprit de saint Ignace et de l'Eglise romaine.
Pour confondre tous ces détracteurs et dissiper toutes ces calomnies, le P. Bartoli s'est vu entraîné à faire de l'histoire du Saint et de son œuvre, comme une brillante apologie où la vérité de l'ensemble et l'exactitude des détails conservent sans doute tous leurs droits, mais où l'historien poursuit un but particulier, et s'adresse à un public spécial.
Le P. Bartoli ne laisse dans l'ombre ni son héros, ni l'œuvre qu'il a établie. Il considère saint Ignace sur toutes les faces, dans ses conceptions et dans ses actes, devant Dieu, au plus intime de son âme et dans les difficiles labeurs de son administration ; il le montre sous tous les jours, et, ménageant avec art les clairs et les ombres, dans son tableau de grand-maître, il nous fait surtout admirer une âme de forte trempe, ouverte aux inspirations et aux vues surnaturelles les plus élevées et les plus inénarrables. Dès ses premiers pas dans les voies de la sain-